Partage international no 350 – octobre 2017
Dans un article intitulé Il faut arrêter les guerres, le musicien Brian Eno, président de la section du Royaume-Uni de la coalition Stop the War (organisation ayant pour objectif de stopper les guerres), analyse les raisons pour lesquelles les guerres occupent encore une place si importante dans le monde d’aujourd’hui : « Il ne faut pas attendre, écrit-il, que les hostilités aient commencé pour essayer d’arrêter les guerres, car ces dernières ont leurs racines incrustées dans le tissu même de nos sociétés. De plus en plus, nos sociétés se construisent autour de l’idée de la guerre ‑ ou des menaces de guerre ‑ et beaucoup de gens ont un intérêt particulier à maintenir les choses en l’état. »
Les idéologues, les fabricants d’armes, toutes les industries et les chercheurs scientifiques de près ou de loin liés à la guerre, les médias, les politiciens, les métiers de la sécurité, tous profitent des guerres. « En vérité, ajoute-t-il, les économies des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de bien d’autres pays sont devenues tellement dépendantes des productions militaires qu’elles ont à présent besoin d’une menace permanente de guerre. La Seconde Guerre mondiale a considérablement enrichi l’Amérique et lui a appris que les véritables vainqueurs des guerres sont les pays qui fabriquent les armes. »
En gros, il y a deux moyens pour pérenniser les sociétés : « L’espoir et la peur. Mais le premier moyen implique que la promesse d’un avenir meilleur soit crédible, ou du moins considérée comme telle par la majorité des gens […]. Or, l’espoir ne peut imprégner une société si ses élites négligent les dépenses sociales en donnant la priorité à des porte-avions à six milliards de dollars et à des guerres étrangères agressives (qui en retour inondent ses côtes de réfugiés).
Au lieu d’espoir, c’est la montée du chômage que nous avons à présent, trop de jeunes surqualifiés, trop de jeunes sous-qualifiés, l’économie-spectacle, les contrats provisoires et l’automation. Nos politiciens travaillent-ils sur ce problème ? Repensent-ils nos perspectives d’avenir ? Rejettent-ils le désastreux fondamentalisme des marchés du néolibéralisme ? Loin de là : ce sont très majoritairement des esprits timorés vivant dans la crainte de voir un journaliste révéler qu’ils s’éloignent de cette fameuse doctrine libérale. Alors ils se rabattent sur la deuxième option : la peur…
C’est donc la peur qui fait tourner la roue du hamster […]. Mais c’est l’espoir qui nous sortira de la cage. Arrêter les guerres implique de construire une société, non point basée sur la consommation compulsive et le profit, mais sur les ressources renouvelables, la préservation de l’environnement et le partage. Cela signifie construire un monde que chacun voudra conserver, de sorte que l’idée même de guerre ‑ qui détruirait tout cela ‑ devienne ridicule, inimaginable […]
Cela signifie neutraliser ces hiérarchies barricadées qui engendrent constamment des armées d’idiots privilégiés ‑ arnaqueurs sachant parler mais non penser, demeurant éternellement dans le monde irréel de leur grande école, généralement privée. Le sentiment inébranlable de leur supériorité naturelle nourrit chez eux une outrecuidante arrogance qui les projette d’une guerre à l’autre, tant ils sont certains de ne jamais pouvoir se tromper […].
Et, peut-être avant tout, cela signifie distribuer les richesses de la planète de telle sorte qu’elles ne s’accumulent pas entre les mains de ceux qui sont déjà puissants, mais au contraire servent à la construction d’un monde où davantage de gens puissent saisir leur chance. Car jamais dans l’Histoire nos sociétés n’ont bénéficié de richesses aussi énormes, issues de la créativité, de l’ingéniosité et du travail de générations et de générations d’êtres humains. Avec tant de richesses, réparties à bon escient, un monde de paix est à portée de mains plus que jamais […]. Au lieu de mener des guerres destructrices, faisons naître une paix créatrice. Au lieu de chercher à accumuler toujours davantage de biens individuels, cherchons, en tant que membres d’une même société, à mieux partager ce que nous avons déjà. Au lieu de croire que notre destin est de courber l’échine en nous cantonnant dans le rôle de consommateur obéissant, redressons-nous fièrement et, ensemble, créons quelque chose de neuf. »
Sources : stopwar.org
Thématiques :
Rubrique : La voix de la raison (« Hormis la guerre, rien ne compromet aussi gravement l’avenir de l’humanité que la pollution. Constatant qu’il en est ainsi, certains pays ont pris des mesures pour la réduire et pour limiter le réchauffement climatique. D’autres, parfois parmi les plus gros pollueurs, nient la réalité d’un tel réchauffement en dépit des preuves qui s’accumulent. A tout moment, dorénavant, les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade, qu’elle a besoin de soins immédiats et attentifs pour retrouver l’équilibre. Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! »
Source : Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012)
