Le titre de cet article fait référence au commentaire de Benjamin Creme (la Mission de Maitreya, tome II) à propos de Mozart qui, en tant qu’initié de troisième degré « ratissait les cieux en quête de beauté – car c’est ce que fait l’artiste : il passe les cieux au peigne fin en quête de cette vibration de la réalité qui, lorsqu’elle s’exprime dans la forme, crée la beauté. »
La littérature et la mythologie sont gorgées de références aux héros, ces figures extraordinaires, prédisposées par leur situation, leurs qualités et leur destinée à chercher et à oser, prêtes à gravir les sommets, à relever d’impossibles défis, à faire face à la tentation, à tuer des dragons – en quête d’un but qu’ils n’ont encore qu’intuitionné, d’une récompense pressentie mais non encore connue. Il y a toujours une toison d’or qui les attend.
Le héros, bien sûr, c’est l’initié. Et ce qui attend le héros ou l’héroïne, c’est la quête intérieure d’une prise de conscience plus vaste, toujours en perpétuelle expansion. L’initié est celui qui voit plus loin, qui en sait davantage et dont le travail fournit aux mortels moins avancés que nous sommes un aperçu de mondes et de réalités auxquels nous n’avons pas encore accès. A mesure qu’il avance, de nouveaux horizons s’ouvrent devant lui, et, petit à petit, le subjectif et l’objectif en viennent à se fondre l’un dans l’autre.
Cela pose de nombreuses questions, dont celle-ci : qu’est-ce qui le pousse ? Et par quel mécanisme « ratisse-t-il les cieux » ? Le Maître Djwhal Khul (D. K.) et Benjamin Creme nous expliquent que l’humanité évolue en tâtonnant vers ce qui peut être, vers ce qui n’existe pas encore, mais que les recherches et la quête d’un objectif supérieur finissent par nous faire découvrir. Dans les enseignements de la Sagesse éternelle, les hommes sont appelés « fils du mental » en référence à notre mode d’évolution, dans lequel aspiration, activité mentale, imagination et méditation sont invoquées pour nous permettre d’atteindre, par tâtonnements successifs, quelque chose de plus haut, en progressant du connu vers l’inconnu.
« La clé de ce développement est l’aspiration. Inscrits en chaque homme, demeurent le désir de perfection et le besoin d’exprimer le bien, le beau, le vrai – les attributs de l’âme. Personne, quelles que puissent être ses défaillances, n’est dénué du désir de s’améliorer, de quelque façon que ce désir s’exprime. » (Benjamin Creme, l’Art de vivre)
L’imagination créatrice, du fait qu’elle provient de l’âme, fait intervenir la volonté. C’est ainsi que nous invoquons la volonté, en aspirant. Le principe christique, la conscience de l’âme, en elle-même, nous pousse à aspirer. Par notre méditation, notre service, notre travail créatif dans tous les domaines, nous évoquons de la part de l’âme une aspiration à quelque chose de plus élevé, de plus beau. Si nous sommes un tant soit peu créatifs, nous utilisons l’imagination créatrice.
« Quel que soit le concept, l’imagination créatrice est nécessaire pour lui donner forme et structure. Pour parvenir à nos fins, nous invoquons l’énergie de l’âme. L’imagination créatrice utilise l’antahkarana, le canal de lumière reliant la personnalité et l’âme, que nous construisons à mesure que nous l’utilisons. En le créant, nous l’utilisons, c’est un processus à double sens. C’est ce qui permet la descente de la lumière, de la conscience de l’âme, de l’aspiration, qui nous inspire à voir ce que nous ne percevons pas encore.
Dans les enseignements occultes, on lit : « Et dans cette lumière, vous verrez la lumière. » Dans la lumière de l’âme, nous voyons une lumière supérieure, plus brillante, plus dynamique, une lumière plus créatrice. Tout ce que nous recevons de l’âme répond au besoin immédiat, au niveau auquel nous sommes parvenus. Mais en recevant au niveau où nous nous trouvons, nous recevons aussi de l’âme l’intuition qu’au-delà, il existe autre chose. Dans la lumière de l’âme, nous voyons une autre lumière. Par l’intermédiaire de l’aspiration, l’âme nous fait prendre conscience de l’existence de quelque chose de supérieur à elle-même. « (Benjamin Creme, la Mission de Maitreya, tome II)
Service à l’humanité
Comment un tableau, une œuvre d’art, peuvent-ils être considérés comme un service à l’humanité ?
Le Maître D. K. et B. Creme ont tous deux écrit que ce sont les disciples, les individus les plus évolués, qui créent la culture d’une société. El Greco pensait que « le langage de l’art est d’origine céleste et ne peut être compris que des élus », « comprendre » signifiant perçu et expérimenté par l’artiste. Et le Maître de B. Creme écrit : « Il vient un temps dans l’histoire de chaque nation où sa qualité d’âme commence à se manifester de façon plus puissante et à produire des personnalités hors du commun dans les domaines de l’art, de la science, de la politique ou de la religion. Lorsque tel est le cas, nous voyons apparaître des hommes et des femmes influents qui donnent couleur et cohérence aux efforts de la nation. Profondément créateurs, ils inspirent de leur vision les membres de leur entourage et contribuent au jaillissement de la culture de leur époque. Ce sont des disciples et des initiés qui expriment pour les autres le génie particulier de leur nation. » (L’émergence de grands serviteurs, dans Un Maître parle)
Benjamin Creme, en tant qu’homme et en tant qu’initié, est venu exactement au moment où son époque avait besoin de lui, mais il était aussi très en avance sur notre temps. Il est né, a vécu et travaillé juste au moment où il le fallait, en ce sens qu’il était un précurseur et un prophète travaillant exactement quand c’était nécessaire. Mais il a également éclairé le sentier que nombre d’hommes sont maintenant prêts à fouler – alors que l’humanité prend peu à peu conscience du fait que la divinité n’est pas seulement extérieure à nous, mais qu’elle est immanente en toute forme de vie.
Le Maître de Benjamin Creme
B. Creme est connu avant tout pour son travail de prophète, ouvrant la voie à l’Emergence de Maitreya, l’Instructeur mondial. Mais il a également servi en qualité d’artiste qui a ratissé les cieux et en a ramené la Toison d’or. Il a, par le truchement de ses toiles, révélé des aspects de la vie que nous ne pouvons que très vaguement intuitionner. Grâce au contact étroit que B. Creme entretenait avec son Maître, des vies ont été enrichies, embellies, imprégnées de qualités nouvelles. C’est cela, le génie – la capacité de tutoyer les mystères et de les ramener sur Terre pour les autres.
« Pour l’ésotériste, un artiste est quelqu’un qui se met à l’unisson de la vibration de la réalité et lui donne expression. […] Plus l’art est grand, plus le symbole sera profond, et mieux il exprimera le sens de ce qu’il symbolise. Le grand artiste peut nous montrer certains aspects de la nature de cette mystérieuse essence de la réalité que nous connaissons en tant que beauté, ainsi que des aspects de la nature de ce que nous appelons Dieu. Dans l’idéal, bien sûr, tout peintre souhaite que ses œuvres parlent d’elles-mêmes. » (Benjamin Creme, dans l’Art ésotérique de Benjamin Creme)
Un coup d’œil aux dernières toiles de B. Creme (celles des années soixante et suivantes) révèle qu’elles sont en fait des marqueurs, des balises qui constituent des révélations et des expériences spécifiques sur le chemin ascendant. A travers sa vie et son art, B. Creme trace un chemin que les autres peuvent emprunter. Chacun de ses tableaux est un panneau indiquant une découverte potentielle ; chaque composition suggère une révélation ; l’impact énergétique procure au spectateur, s’il est réceptif à l’expérience, un stimulus susceptible de dynamiser et de rehausser son niveau de conscience. Le spectateur fait l’expérience de quelque chose qui dépasse son quotidien, et se trouve ainsi transformé, soulevé et poussé en avant sur son sentier personnel.
Ce que B. Creme peint dans ses toiles, c’est l’histoire de l’Universel, de réalités cosmiques et du voyage personnel de l’initié qui veut les découvrir. D’autres grands peintres attestent de cela. « Un tableau est achevé lorsqu’on y voit les ombres d’un dieu », aurait déclaré Rembrandt. Quant à Léonard de Vinci, il disait : « Le peintre a l’univers dans son esprit et dans ses mains. »
B. Creme lui-même a écrit : « La beauté est la nature même de l’univers, de la réalité, incarnée dans une forme ou une autre – mathématique, musicale, artistique. Elle est la réponse à la vibration et la saisie de cette vibration de la réalité dans une forme ou dans une autre. » (Benjamin Creme, la Mission de Maitreya, tome II). « La beauté, après tout, est tout aussi divine que ce qui peut être exprimé au moyen de n’importe quelle forme. N’oubliez pas que forme et vie sont une. » (D. K., L’état de disciple dans le nouvel âge, tome II).
Créativité
Le dernier mot doit revenir à B. Creme, dont la vie et l’œuvre en tant qu’artiste, prophète et précurseur ont été une expression du bon, du beau et du vrai, tels qu’il les a découverts et révélés par son talent, son courage, et sa créativité.
« L’essence de tout art, de toute science, de toute philosophie, de toute religion est la créativité. Nous vivons dans un univers spirituel. Cet univers spirituel est un moteur en perpétuel changement, une sorte de grand générateur de créativité qui génère différents aspects de la créativité en question, les envoie dans l’univers où ils s’écoulent doucement au travers des galaxies et des systèmes solaires. Ces énergies de créativité parviennent à la petite planète qu’est la Terre comme des échos d’une lointaine idée. Cette idée peut galvaniser et transformer le monde. C’est aussi étrange, aussi simple et aussi gigantesque que cela. Ces grandes idées se déversent dans notre espace. Mais il leur faut du temps pour se déposer. Nos mentaux doivent être réglés en tant que conscience qui s’éveille toujours davantage à la signification de ces idées et leur effet sur nos vies, et nous devons trouver la meilleure manière de les mettre en œuvre. Telle est la nature de la vie.
Nous sommes des âmes en incarnation. C’est pour cela que nous sommes créatifs. C’est la nature même de notre vie. On ne peut pas dire : « Bien, une partie de ma vie sera créatrice, mais l’autre partie n’a pas besoin de l’être. « Tout doit être créatif à tout instant. La créativité n’est pas quelque chose que l’on peut tartiner comme le beurre sur le pain, simplement pour lui donner du goût, pour le rendre plus facile à avaler. La créativité, c’est l’étoffe même – la nature de la vie. Quand la vie est correctement comprise, elle est perçue comme dotée de sens, de dessein, et quand nous en saisissons la signification et le but, cela conduit à la naissance en nous de cette créativité, quelle que soit la façon dont nous l’exprimons. Nous lui donnons expression, bien entendu, en tant qu’homme ou femme en fonction de l’expérience acquise dans nos vies précédentes.
Nous devons vivre dans cet état créatif qui fait partie intégrante de notre être de tous les jours. Ce n’est donc pas quelque chose que nous faisons quand nous en avons le temps. C’est quelque chose que nous faisons parce que c’est ce que nous sommes. Si nous sommes créatifs, alors nous le sommes en permanence. Même lorsque nous semblons ne rien faire, nous pouvons encore être créatifs. La créativité est un état d’être, un état d’êtreté. Plus nous sommes focalisés et éveillés dans notre conscience de tous les jours, plus nous sommes proches de cet état créatif. C’est cela, la divinité. C’est la création. C’est la vie. C’est ce que nous sommes, ce que nous sommes tous. » (Benjamin Creme, le Rassemblement des forces de lumière)
Auteur : Felicity Eliot, rédactrice en chef de Share International, basée à Amsterdam (Pays-Bas).
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