Partage international no 347 – juillet 2017
Interview de Leslie Kean par Jason Francis
Leslie Kean est une journaliste d’investigation. Elle est l’auteur du best-seller UFOs : Generals, Pilots and Government Officials Go On the Record (2010) (Ovnis : généraux, pilotes et membres du gouvernement rompent le silence) (voir le compte-rendu de lecture dans PI, janvier/février 2013). Son livre le plus récent est Surviving Death: A Journalist Investigates Evidence for an Afterlife (2017) (Survivre à la mort : une journaliste enquête sur les preuves d’une vie après la mort). Jason Francis a interviewé Leslie Kean pour Partage international.
Souvenirs de vies antérieures
Partage international : Pourriez-vous parler des cas de réincarnation les plus impressionnants que vous ayez rencontrés au cours de vos investigations ?
Leslie Kean : J’ai mentionné deux d’entre eux à plusieurs reprises dans le livre. Ils concernent de jeunes enfants qui ont des souvenirs spécifiques d’une vie antérieure et sont en mesure de fournir suffisamment de détails pour permettre aux enquêteurs de vérifier leurs propos en retrouvant des traces historiques des personnes que ces enfants prétendent avoir été. Et tout ce que les enfants ont dit s’est avéré exact.
Un de ces cas concerne un garçon de deux ans nommé James Leininger. Il a commencé à avoir des souvenirs [d’une vie antérieure] avant l’âge de deux ans. Il a commencé à jouer avec des avions et a montré une connaissance inexplicable des avions de la Seconde Guerre mondiale. Puis il a fait des cauchemars dans lesquels il revivait le crash d’un avion. Terrorisé, il criait dans son berceau : « L’avion est en feu ! Je vais m’écraser ! Je ne peux pas sortir ! » Ses parents lui ont posé des questions et James a expliqué qu’il avait été un pilote américain abattu par les Japonais lors d’un combat. Ses parents ne savaient pas comment leur fils de deux ans avait pu apprendre le mot « japonais ». James a dit qu’il pilotait un Corsair et qu’il volait à partir d’un bateau appelé Natoma [on a pu confirmer qu’il s’agissait du USS Natoma Bay]. Il a aussi raconté que son meilleur ami s’appelait Jack Larson, et que son avion avait été abattu près de l’île d’Iwo Jima. Un jour, le père de James lui montra une carte de la région, et James montra le lieu où il s’était écrasé.
Le père de James ne pouvait se résoudre à croire en une possible réincarnation de son fils et s’en est trouvé très perturbé. Pour ce chrétien fervent, une telle hypothèse était inenvisageable. Il fit tout pour prouver que le récit de James était faux, mais il dût se rendre à l’évidence. Il a même raconté dans mon livre l’influence profonde que cette expérience a eu sur sa propre évolution spirituelle, et comment il a finalement compris qu’elle n’allait pas nécessairement à l’encontre de sa foi. Beaucoup de lecteurs pourront se retrouver dans son témoignage.
Il a contacté un groupe de vétérans du porte-avions Natoma Bay et a pu retrouver Jack Larson, l’ami de son fils. Finalement, après beaucoup de recherches et d’échanges avec des vétérans, il a réussi à déterminer qui était la personne que James disait avoir été. Il s’appelait James Huston Jr. Il est mort précisément comme James Leininger l’a décrit.
A l’âge de trois ans, James a commencé à dessiner son avion dans des situations horribles, en feu et avec des bombes tout autour. Il signait ses dessins « James 3 ». Lorsque ses parents ont demandé pourquoi, il a expliqué : « Parce que je suis le troisième James. » Effectivement, le pilote s’appelait James Huston Jr (pour Junior), car son père s’appelait aussi James. On avait donc bien trois James. Ils ont également rencontré la sœur aînée de James Huston Jr., âgée de 84 ans à l’époque. Elle a parfaitement connecté avec le petit James, qui lui a raconté de nombreux détails de leur enfance que personne d’autre que son frère n’aurait pu connaître. Elle était convaincue que James était bien la réincarnation de son frère.
Il s’agit là d’un des cas les plus solides d’un petit enfant avec des souvenirs clairs d’une vie antérieure. Un élément important : tous ces souvenirs ont été consignés par son père avant de pouvoir déterminer qui James avait réellement été dans sa vie antérieure.
Conscience hors du corps
PI. Que se passe-t-il lorsque quelqu’un fait l’expérience de la conscience hors du corps ?
LK. Il y a deux possibilités : d’une part de simples expériences de décorporation, et par ailleurs les expériences au seuil de la mort. En tant que journaliste, les expériences de décorporation constituent des preuves plus intéressantes. Les plus étonnantes concernent des personnes qui quittent leur corps dans des circonstances où elles n’ont plus aucune activité cérébrale, comme lors d’un arrêt cardiaque ; le cœur ne bat plus et elles sont considérées mortes cliniquement. Lors du retour à la vie, ces personnes sont en mesure de rendre témoignage de choses spécifiques qu’elles ont vues ou entendues dans le monde physique alors qu’elles étaient sorties de leur corps.
Elles racontent souvent qu’elles se sont retrouvées près du plafond, et elles peuvent rapporter avec précision les paroles prononcées par les médecins, décrire les instruments qu’ils utilisaient, les sons des machines et d’autres détails. Et ce, à un moment où elles n’étaient pas censées être en mesure de percevoir quoi que ce soit, leur corps allongé inerte sur la table d’opération, les yeux fermés. Ces cas sont importants parce que les médecins et les infirmières peuvent vérifier l’exactitude de ce que la personne a dit. Il nous appartient donc d’expliquer comment des corps en état de mort clinique ont pu percevoir toutes ces choses. On est amené à conclure que la conscience fonctionne indépendamment du corps physique.
Les expériences au seuil de la mort elles, impliquent des personnes qui, une fois qu’elles ont quitté leur corps dans des circonstances similaires, se déplacent vers une autre réalité dimensionnelle sublimée, puis qui en reviennent et peuvent décrire leur expérience. Ici, les « expérimentateurs »mentionnent souvent un tunnel, leur rencontre avec une sorte d’Être mythique, et avec des parents et des amis déjà morts. Ils disent souvent que cette expérience leur a semblé plus réelle que la « vraie » vie, une sorte de réalité accrue. Une expérience vivante, belle et extatique. Ils ne veulent généralement pas revenir, mais dans cet au-delà, on leur dit souvent qu’ils doivent repartir.
Des personnes issues de cultures et de milieux très divers dans le monde entier font les mêmes expériences. Malgré les nombreuses études réalisées, personne ne peut expliquer comment elles se produisent. Beaucoup de sceptiques croient que quelque chose se passe dans le cerveau. Mais aucun chercheur n’est parvenu à donner une explication scientifique.
Les expérimentateurs, eux, voient leur vie bouleversée. Après être revenus de ce qu’ils croient être l’au-delà, ils n’ont plus peur de la mort. Ils se consacrent davantage au service désintéressé et se tournent vers la spiritualité.
PI. Quand les enfants ont des souvenirs d’une vie antérieure, se souviennent-ils du temps passé entre deux vies ? Et ces souvenirs sont-ils semblables à ceux des personnes qui sont allées au seuil de la mort ?
LK. Dans mon livre, il y a un chapitre intitulé Souvenirs de l’intervalle. Des études ont été faites sur ces enfants qui racontent où ils se trouvaient avant leur naissance. Ceux qui ont le plus de souvenirs et les souvenirs les plus vifs de leur vie antérieure sont généralement plus susceptibles de se souvenir de ce moment de l’entre-deux vies. Mais ces souvenirs sont beaucoup plus difficiles à vérifier, car ils concernent une autre dimension. Parfois, ce que ces enfants décrivent se rapproche de ce qu’ont rapporté les personnes ayant vécu des expériences au seuil de la mort. On peut donc penser que dans les deux cas, ces gens se trouvaient dans le même monde interdimensionnel, un au-delà, quel que soit le nom qu’on lui donne.
James Leininger et Ryan Hammons [l’autre cas de mémoire de vie antérieure développée dans le livre] ont rapporté des souvenirs de moments qui ont précédé leur naissance. Ils ont raconté avec précision à leurs parents un événement spécifique les impliquant et dont ils ont été témoins avant leur naissance. Ces événements se sont produits près du moment de leur conception. Ces cas sont rares, mais ils sont fascinants. Le Dr Jim Tucker, pédopsychiatre à l’Université de Virginie et expert mondial sur les souvenirs de réincarnation chez les enfants, a étudié ces états intermédiaires.
Le rôle de la science
PI. Comment la psychologie traite-t-elle le problème de la réincarnation et de la conscience au-delà de la mort ?
LK. Elle ne s’y intéresse pas suffisamment, malheureusement. Le Dr Tucker a poursuivi les travaux du Dr Ian Stevenson [psychiatre à l’Université de Virginie, décédé il y a une dizaine d’années], qui a été le premier à étudier les cas d’enfants ayant des souvenirs de vies antérieures. Ian Stevenson a voyagé dans le monde entier pendant plusieurs décennies et a publié des milliers de pages sur ses recherches. Jim Tucker a travaillé avec lui à la fin de sa vie. Mais trop peu de psychiatres s’intéressent à ce sujet. On peut se demander combien de fois des enfants vont chez un psychiatre avec des souvenirs étranges qui ne sont pas reconnus comme des souvenirs de vies antérieures parce que notre culture ne peut pas accepter ça. On a la chance d’avoir Jim Tucker. Il sait interagir efficacement avec les enfants, les comprendre, et comprendre ce qu’ils vivent lorsqu’ils racontent leurs souvenirs. Il faudrait vraiment que d’autres spécialistes s’intéressent à ce sujet. Ce serait utile pour tout le monde.
PI. A votre avis, comment l’acceptation scientifique de la vie après la mort et de la réincarnation pourrait influencer notre façon de percevoir notre vie et nos relations les uns avec les autres ?
LK. Il existe des cultures où ces notions sont universellement acceptées – en Inde, par exemple ; ou en Birmanie, pays bouddhiste. Mais dans ces pays, le système de croyance est essentiellement religieux, pas scientifique. Le problème, c’est que nous n’avons pas les bons outils pour démontrer la réalité de la vie après la mort. Mais ce serait déjà bien si des scientifiques prenaient le sujet au sérieux, travaillaient dessus, faisaient des expériences et cessaient de rejeter tout par principe. Si ça contribuait juste à nous faire entrevoir une réalité que nous ne connaissons pas encore, ce serait déjà énorme. Ça pourrait nous ouvrir à une dimension qui relève du merveilleux et ça nous encouragerait à approfondir la nature de notre propre réalité.
On se rendrait compte que nous avons une plus grande responsabilité dans la vie que si nous étions simplement des créatures physiques, robotiques, dominées par notre cerveau avec au bout de la route, la mort où tout s’arrête. Cela donnerait certainement beaucoup plus de sens à la vie des gens et ils se sentiraient plus connectés les uns aux autres. Cela ne pourrait avoir qu’un effet positif. En tout cas, ça l’a eu sur moi. Au début j’étais sceptique. Mais mes enquêtes ont produit des effets formidables sur ma personnalité ; j’ai développé un sens du but de la vie et de la connexion au monde, aux gens qui m’entourent et au mystère de la vie.
Si l’on arrivait à prouver que la mort n’est pas la fin de la vie, les gens abandonneraient la violence parce que si vous passez à une autre réalité après votre mort, vous devrez porter le bilan de la vie que vous avez menée. Cela empêcherait les peuples de se battre les uns contre les autres pour des idées, des religions qui ne sont différentes qu’en surface. Cela contribuerait certainement à la paix dans le monde.
Pour plus d’information : survivingdeathkean.com
Auteur : Jason Francis, collaborateur de Share International basé dans le Massachusetts (Etats-Unis).
Thématiques :
Rubrique : Entretien ()
