Le pape François dénonce la déshumanisation

Partage international no 344avril 2017

La tendance à la déshumanisation « est un grave danger pour l’humanité qui vit un tournant historique », a écrit le pape François dans une lettre adressée à l’Assemblée régionale américaine des mouvements populaires, en février 2017.

« Depuis quelque temps, nous sommes confrontés à la crise du paradigme dominant. Je parle du système qui provoque d’énormes souffrances à la famille humaine, en agressant la dignité des personnes et de notre maison commune afin de maintenir l’invisible tyrannie de l’argent qui ne garantit que les privilèges de quelques-uns.

En tant que chrétiens et hommes de bonne volonté, nous avons perdu un temps précieux. Nous n’avons pas prêté assez d’attention à ces processus destructeurs […] et la déshumanisation s’accélère. La direction prise – la manière de résoudre ces crises qui s’amplifient – dépendra de l’implication des individus, en grande partie de vous-mêmes, les mouvements populaires.

[…] Nous courons le risque de renier nos voisins. Lorsque nous le faisons, sans nous en rendre compte, nous nions leur appartenance à l’humanité – ainsi que la nôtre. Nous nous renions et oublions le grand commandement de Jésus. Là est le danger, la déshumanisation. Mais là se trouve aussi l’opportunité : que la lumière de l’amour du prochain puisse éclairer la Terre de sa stupéfiante clarté tel un éclair dans la nuit ; que cette lumière nous réveille et permette à l’humanité véritable de jaillir dans une résistance authentique, une résilience et une persistance.

Le système économique qui place le dieu argent en son centre, et qui agit parfois avec la brutalité des voleurs de la parabole, inflige des blessures à un degré criminel et non reconnu. La société globalisée détourne souvent le regard, se prétendant innocente. Sous l’égide du politiquement correct, nous regardons ceux qui soufrent sans intervenir. On les filme en direct, on en parle par euphémismes et avec distance, sans rien faire pour guérir les blessures sociales ou s’attaquer aux structures qui laissent tant de nos frères et sœurs sur le bas- côté. Cette attitude révèle une absence de véritable engagement envers l’humanité.

Mais tôt ou tard, l’aveuglement moral et l’indifférence se révèlent comme quand un mirage se dissipe. Les blessures sont là, elles sont une réalité. Le chômage est réel, la violence est réelle, la corruption est réelle, la crise d’identité est réelle, l’éviscération des démocraties est réelle. La gangrène du système ne peut indéfiniment être blanchie à la chaux car tôt ou tard, l’odeur devient trop forte. Et quand elle ne peut plus être niée, le même pouvoir qui a engendré cet état de choses se met à manipuler la peur, l’insécurité, les querelles, et même l’indignation justifiée du peuple, afin de déplacer la responsabilité de tous ces maux sur un « non-voisin ». Je ne parle pas d’une personne en particulier. Je parle d’un processus social et politique qui fleurit dans de nombreuses régions du monde et pose un grave danger pour l’humanité.

Jésus nous enseigne une voie différente. Ne pas chercher à catégoriser les autres afin de savoir qui est un proche et qui ne l’est pas. Vous pouvez devenir proche de quiconque est dans le besoin, et vous le ferez si vous avez de la compassion dans le cœur. Autrement dit, si vous avez cette capacité de souffrir avec quelqu’un d’autre. Vous devez devenir un Samaritain. »


Sources : press.vatican.va
Thématiques : spiritualité
Rubrique : Divers ()