Partage international no 333 – mai 2016
Un nouveau mouvement de protestation appelant au changement, né place de la République à Paris, s’est rapidement étendu aux grandes villes françaises. Nuit debout était au départ un mouvement de protestation social orchestré par les médias contre la nouvelle loi « travail » permettant aux employeurs de licencier plus facilement. Mais, la première semaine a été suivie par de vastes rassemblements nocturnes de personnes de tous âges et de tous horizons occupant de grands espaces publics dans plus de 30 villes françaises. On compare ce nouveau mouvement d’initiative citoyenne à Occupy aux Etats-Unis, ou aux Indignados en Espagne.
Il a commencé le 31 mars 2016 avec un sit-in nocturne à Paris, après d’importantes manifestations d’étudiants et de syndicats contre la proposition du président François Hollande de modifier le droit du travail. Mais ce mouvement et ces actions nocturnes radicales ont été imaginés quelques mois plus tôt, à Paris, lors d’une réunion de militants de gauche. « En février, nous étions 300 ou 400 à une réunion publique et nous nous demandions comment faire pour impressionner le gouvernement. Nous eûmes une idée : à la prochaine grande manifestation, tout simplement, nous ne rentrerions pas chez nous, raconte Michel, ancien chauffeur livreur de 60 ans. Le 31 mars 2016, à l’occasion des manifestations sur la loi « travail », c’est ce qui s’est produit. Il pleuvait à torrent, mais cependant tout le monde s’est replié place de la République. Puis à 21 h, la pluie cessa et nous restâmes. Nous sommes revenus le lendemain et toutes les autres nuits. Cela a effrayé le gouvernement car c’est un mouvement impossible à appréhender. C’est une chose qui n’a jamais eu lieu en France, tous ces gens qui convergent ici toutes les nuits, de leur plein gré, pour discuter et débattre d’idées : du droit au logement, du revenu minimum de base, des réfugiés et de tout autre sujet qui les préoccupent. Personne ni aucun syndicat ne leur a demandé de venir, ils sont venus de leur propre gré. »
Dès que la nuit tombe, des milliers de personnes s’assoient en tailleur sur les places publiques, se passent à tour de rôle un micro pour dénoncer la domination de Google, l’évasion fiscale, l’inégalité dans le logement. Le débat continue jusqu’au petit matin. Il s’est élargi pour répondre à une foule de différents griefs, y compris l’état d’urgence et de sécurité en réponse aux attaques terroristes de l’an dernier.
« La loi travail a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, déclare Matthieu, 35 ans, en formation d’enseignant après dix ans passés dans le secteur privé, et qui a constitué un groupe improvisé de chants révolutionnaires. Mais cela va plus loin. Ce gouvernement, qui est censé être socialiste, présente une série de propositions avec lesquelles je ne suis pas d’accord, et ne règle pas les vrais problèmes comme le chômage, le changement climatique et une société au bord du gouffre. »
Jocelyn, 26 ans, ancien étudiant en médecine, faisant office d’attaché de presse pour ce mouvement, déclare : « Notre mouvement s’apparente à Occupy ou Indignados. L’idée est que chacun puisse s’exprimer. Un sentiment de malaise et de fatigue s’est accumulé depuis de nombreuses années. Personnellement, c’est l’état d’urgence, les nouvelles lois sur la surveillance, les changements dans le système judiciaire et la répression sécuritaire. »
Divers comités ont vu le jour pour débattre d’une nouvelle constitution, d’une nouvelle société, d’une nouvelle organisation du travail et de la façon d’occuper la place avec des structures en bois plus confortables pour passer la nuit. On inscrit sur des tableaux blancs les discussions et les activités de la nuit (cela va des débats sur l’économie à la formation médiatique des manifestants). « Pas de haine, pas d’armes, pas de violence, tel est le credo des « comités d’action ». Ce doit être une mini-société parfaite », affirme un membre du comité de jardinage à la foule. Un comité de poésie a été mis en place pour trouver un slogan au mouvement. « Tout mouvement doit avoir un aspect artistique et littéraire », déclare le poète qui l’a proposé.
« Génération révolution » a été inscrit sur le trottoir. Le concept qui sous-tend ce mouvement est : « convergence des luttes » sans aucun leader. Aucune bannière syndicale ni drapeau de groupes spécifiques n’orne la manifestation, ce qui est exceptionnel en France. Aucune question n’est à l’ordre du jour ; les problèmes sociaux comme la législation du travail, l’inégalité, l’injustice, le changement climatique, la crise des réfugiés, le racisme et plus, sont débattus toute la nuit.
Cécile, 22 ans, étudiante en droit à Paris a affirmé lors de l’assemblée générale de la nuit de mardi : « Je ne suis pas d’accord avec l’état de la société tel qu’il est de nos jours. Selon moi, la politique semble fracturée. Ce mouvement fait appel à l’initiative des citoyens. Je viens ici après les cours et j’ai l’intention de revenir. J’espère que ça va durer. »
France
Sources : theguardian.com ; ibtimes.co.uk ; liberation.fr ; une correspondante de Share International participant aux rassemblements de Nuit Debout.
Thématiques :
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)
