SOP : Crise climatique et changement de conscience mondial

Partage international no 325septembre 2015

par David Suzuki

Lorsque l’archiduc Francois-Ferdinand d’Autriche fut assassiné en 1914, personne ne qualifia cet événement de début de la Première Guerre mondiale. Ce sont des années après que les implications, les conséquences et l’ampleur des réactions ont été évaluées. C’est souvent le cas. D’où l’importance des historiens : ils placent les événements dans leurs contextes. De la même manière, je doute que personne n’ait pensé à quel point le monde changerait après que Steve Jobs et Steve Wozniak aient construit leur premier ordinateur dans le garage des parents de S. Jobs en 1975.

En 1988, lorsque James Hansen, scientifique spécialiste du climat, déclara à Washington que le réchauffement climatique dont nous étions la cause commençait à se manifester, il n’est pas étonnant que les gens aient eu du mal à saisir toute la portée de cet avertissement.

Mais l’humanité n’a pas d’excuse pour son rejet des déclarations de J. Hansen et pour le déni de réalité qui s’en est suivi, ainsi que pour les oppositions agressives à toute action qui aurait pu réduire la menace.

Depuis des années, les militants environnementaux appellent à une réponse urgente au changement climatique galopant. Les preuves corroborant les conclusions de J. Hansen arrivent du monde entier, allant de la fonte de la calotte glacière à l’élévation du niveau des océans et leur acidification, entraînant des catastrophes climatiques extrêmes et un changement du comportement et de la place des règnes animal et végétal.

Malgré ces preuves, peu de gouvernements ont mis en place des politiques visant à réduire les gaz à effet de serre. Au lieu d’écouter les scientifiques et les citoyens, de nombreux leaders ont préféré se soumettre à la grosse machinerie de propagande de l’industrie fossile et suivre les idéologies des partis conservateurs qui considèrent l’appel à un changement mondial comme un socialisme qui mettrait en danger le capitalisme.

Des progrès

Des progrès ont été réalisés aux niveaux nationaux et régionaux, ainsi que dans certaines entreprises et organisations avant-gardistes. Certains progrès ont davantage été une réponse au marché plutôt qu’à la crise du climat, comme l’engagement du Danemark et de l’Allemagne pour réduire leur dépendance aux énergies fossiles lors de l’embargo du pétrole arabe en 1973. Mais cela les a positionnés favorablement alors que s’accumulaient les preuves du changement climatique.

Plus récemment, ceux qui subissent en premières lignes les conséquences du changement climatique, comme les îles du Pacifique ou les Inuits, ont tiré la sonnette d’alarme.

Les compagnies d’assurance et un certain nombre de sociétés ont appelé à l’action, quelques-unes comme Tesla ont imaginé des solutions. Mais beaucoup dans les médias et les gouvernements minimisent encore l’importance du problème.

L’absence de réponses durant toutes ces années est stupéfiante, mais je prends le risque de dire qu’un changement est en train de se mettre en place. Bien que nous n’ayons pas assez de recul pour en percevoir toute la portée, il semblerait que nous soyons au balbutiement de quelque chose d’énorme.

Le journal britannique The Guardian a décidé d’élargir sa couverture sur le changement climatique, allant jusqu’à encourager le désinvestissement des énergies fossiles. Le New York Times a décidé d’utiliser le terme négateur au lieu de sceptique, pour désigner ceux qui rejettent en bloc les preuves accablantes de l’origine humaine du changement climatique.

Le pouvoir du peuple

Le pouvoir du peuple est un autre signe du changement grandissant : 400 000 personnes ont participé à la plus grosse marche pour le climat en septembre à New York, avec 2 646 marches simultanées dans 162 pays ; un rassemblement de plus de 25 000 personnes à Québec a précédé le premier sommet sur le climat en avril ; et plus de 10 000 personnes à Toronto le 5 juillet pour la Marche pour l’emploi, la justice et le climat.

Le pape François a appelé à l’action pour le changement climatique et son message a été relayé par d’autres leaders et organisations religieux, incluant le dalaï lama, la Société islamique d’Amérique du Nord, une société très influente de rabbins juifs et l’Église d’Angleterre.

Au delà des preuves tangibles d’une volonté croissante de relever le défi du changement climatique, un des plus grands signes du changement a été l’accroissement spectaculaire des investissements des États-Unis, du Brésil et de la Chine dans les énergies renouvelables, ce qui est presque passé inaperçu.

Il est plus facile pour les gouvernements et les industries de privilégier les profits à court terme. Mais lorsque assez de monde appelle à l’action, descendent dans la rue, écrivent aux leaders économiques, politiques et religieux, parlent à leur famille et à leurs amis, le changement prend un réel envol. On ne sait pas à quel point le changement sera important avant qu’il ne se produise, mais cette fois-ci, il se pourrait qu’il soit monumental ! Espérons-le !

Reproduit avec aimable autorisation
Pour plus d’information : www.davidsuzuki.org

Auteur : David Suzuki, généticien et vulgarisateur scientifique primé. Il a cofondé la Fondation David Suzuki en 1990.
Thématiques : environnement
Rubrique : S.O.P. — Sauvons notre planète (« Les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade... Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012.)