Le problème du mirage 5/5 – Questions-réponses [4e et dernière partie]

Séminaire 1999

Partage international no 147novembre 2000

par Benjamin Creme

Un organisme plutôt qu’une organisation

Q. Quand l’organisme perd-il son équilibre et devient-il une organisation ? Cela est-il lié à une trop grande préoccupation de la forme ?
R. Cela a certainement quelque chose à voir avec une préoccupation exagérée de la forme car il est plus facile de créer une organisation que de créer et maintenir vivant un organisme. Ce sont deux choses différentes.
Quand l’organisme perd-il son équilibre ? Ce n’est pas une question d’organisme qui perdrait son équilibre et deviendrait une organisation. C’est le résultat d’un changement de direction dans le but recherché. Lorsque le premier groupe fut créé en 1974 à Londres, mon Maître m’a dit : « Réunis toutes ces personnes et forme le groupe. » Il m’avait donné le nom de certaines personnes. Il a ajouté : « Ne lui donne pas de nom. Ne désigne pas de responsables, de président, de secrétaire, n’attribue de fonction précise à personne. » Il a également déclaré : « N’érige pas de barrières vous séparant des autres groupes, mais n’adhère à aucun autre groupe. » Nous occupons une position très particulière dans cette forme d’activité reliée à l’activité d’autres groupes, car le monde entier est en fait impliqué, à un niveau ou un autre, dans le retour du Christ, que les gens le sachent ou non ; les Maîtres entraînent certaines personnes à tous les niveaux. Il y a le groupe des nouveaux serviteurs du monde auxquels des membres de nombreux groupes affirment appartenir. C’est le cas de quelques-uns, certainement pas de tous. Enfin, admettons que ce soit vrai.
Pourquoi ces exigences ? Il ne devrait pas y avoir d’individus ayant des fonctions particulières, de manière à ce que personne ne puisse se poser en unique arbitre au sein du groupe ; pas de secrétaire qui réglerait automatiquement les affaires courantes et pourrait ainsi acquérir une position de pouvoir ; pas de président (qui serait naturellement moi-même puisque j’ai formé le groupe et que je suis en contact avec le Maître) susceptible d’imposer ses idées aux autres membres ; ni de barrières nous séparant des autres et nous permettant de dire : « Ce sont nos croyances et pas les vôtres. »
Il s’agissait d’éviter une approche séparatiste vis-à-vis du travail concernant l’extériorisation de la Hiérarchie, ce qui me paraît essentiel dans un groupe comme le nôtre. Cela nous a permis, tout au moins à Londres, de créer et de préserver un organisme. Par la suite Tara Center fut créé avec un bureau, puis Share International Foundation et Share Nederland, et cette situation a changé. L’organisme initial n’a pas de bureau. Personne n’a de fonction particulière. Chacun a le même type de relations impersonnelles avec tous les autres. Naturellement, étant donné que je suis en contact avec le Maître, que j’ai eu certaines expériences, que j’ai créé le groupe au départ et introduit la méditation de transmission, je suis devenu le leader naturel du groupe. Mes paroles sont prises au sérieux et c’est naturel. C’est la reconnaissance du fait qu’il existe différents niveaux d’expérience et de conscience, et également de connaissance venant de cette expérience. Etant donné que j’avais la possibilité à tout moment de parler à mon Maître et de lui demander conseil sur n’importe quel problème pouvant se présenter au sein du groupe, c’est devenu la norme. Le groupe a réellement fonctionné, et fonctionne toujours, comme un organisme.
Certaines personnes sont ambitieuses, elles aiment avoir du pouvoir et de l’influence. Ce n’est pas mon cas. Je peux le dire avec conviction car je ne manifeste pas d’ambition. Si j’étais ambitieux, ce groupe serait aujourd’hui le plus puissant du monde car il est soutenu par la Hiérarchie. Si je l’avais souhaité, j’aurais pu le lancer dans le monde d’une manière telle que quasiment personne ignorerait son existence. J’aurais pu engager l’activité et le pouvoir de différentes agences de relations publiques. On me l’a proposé. Cela m’a été suggéré à maintes reprises au fil des années, et si j’avais accepté, notre groupe serait devenu une organisation connue dans le monde entier. Je ne l’ai pas fait car je savais qu’il était nécessaire qu’il grandisse comme un organisme plutôt que d’être lancé comme une organisation.
Mais il se peut, et il est probable que certaines personnes le pensent, que je me sois montré stupide et que j’aie manqué l’opportunité de devenir aussi connu que les Beatles. On aurait pu utiliser les services d’une agence de relations publiques et cette activité de groupe concernant le Christ et les Maîtres de Sagesse serait connue de tous. Ce n’est pas difficile à faire. Cela demande de l’argent, mais l’argent serait venu. Certains m’ont même offert leurs services pour promouvoir le groupe de cette façon, mais à chaque fois j’ai dit non. Et bien sûr, j’en ai parlé à mon Maître et il a dit non.
Si les gens acceptent nos idées, c’est par conviction personnelle. Ils ne sont pas poussés ou manipulés dans ce sens, comme c’est le cas avec toute forme de publicité, où ils sont tellement submergés par l’idée qu’ils l’acceptent automatiquement. C’est ainsi que se font les réputations, par la manipulation des idées, par l’intermédiaire d’agences de relations publiques. Je sais que ce serait la fin de ce travail de préparation au retour du Christ, car ces agences n’ont qu’une action limitée et le retour du Christ est quelque chose qui les dépasse. Tout le monde serait au courant, mais cela ne veut pas dire que Maitreya aurait pu apparaître publiquement.
Savoir n’est pas la même chose que d’être préparé. Savoir, bien sûr, est important, mais être préparé est ce qui compte réellement. Plutôt que de devenir le groupe le plus connu du monde, il importe que nous préparions les gens, afin que leur conscience puisse se transformer et qu’ils aspirent non plus à l’abondance mais au nécessaire, à de justes relations et à un commerce équitable, à l’universalisme et à la coopération, au partage et à la justice.
Je n’ai jamais oublié ce que le Maître Djwhal Khul a écrit au sujet de la société théosophique et d’autres sociétés : « Elles ont sombré sur les écueils de l’organisation. » Aussitôt après le décès de Mme Blavatsky, la forme a changé. Judge et Olcott ont pris l’organisation en main et l’ont transformée en une structure si rigide qu’elle ne pouvait plus respirer. Finalement, des personnes comme Alice Bailey, qui travaillait au sein de la société théosophique de New York avec son mari et quelques amis, souhaitèrent disposer d’une structure plus démocratique, plus souple, plus organique. Elles furent considérées comme trop dangereuses et mises dehors.
Dans la société théosophique, l’âme de Mme Blavatsky n’était pas impliquée. C’était sa personnalité qui servait de guide. En tant qu’initiée du quatrième degré, elle avait une personnalité puissante, imprégnée par une âme de premier rayon. C’était une personne très forte, et il le fallait pour fonder une telle société, pour avoir le courage et la force d’introduire dans le monde toutes ces idées nouvelles, et affronter la réaction méprisante de toutes les sociétés scientifiques, philosophiques, sociologiques, religieuses et psychologiques de l’époque. La société théosophique s’est fourvoyée sous l’action de ceux qui en ont pris la charge après elle, car son âme n’était pas engagée dans ce travail et ne l’avait jamais été. Lorsqu’Alice Bailey essaya de donner à la société une structure plus organique, plus démocratique et plus significative, de nombreuses personnes émirent des objections, spécialement aux Etats-Unis, et elle fut rejetée. Pendant deux ans, Annie Besant, présidente à l’époque, lui apporta son soutien. Mais même Annie Besant ne put la soutenir indéfiniment et Alice Bailey, son mari et quelques autres furent mis à la porte.
Pour rester un organisme, un groupe doit être inclusif. Il ne doit pas y avoir de responsables officiels, de gens qui dirigent. Il devrait y avoir un engagement mutuel de personnes intéressées et dévouées travaillant de manière impersonnelle pour le bien de tous.

Q. L’accroissement de l’impact engendre naturellement une organisation plus importante, alors où est le problème ?
R. C’est l’avis de ceux qui aiment l’organisation. L’accroissement de l’impact peut agir de différentes manières. Il peut agir en faveur de l’organisation et la rendre plus vaste : il vous faut alors employer davantage de personnes, consacrer davantage de temps à l’organisation du travail qu’à la production, s’il s’agit de quelque chose que vous fabriquez ou que vous vendez. Mais dans un organisme, un ensemble de groupes comme celui-ci, le problème c’est que plus vous prenez de l’expansion, plus vous consacrez de temps et d’énergie à l’organisation ; par sa nature même, celle-ci devient l’aboutissement de tout le travail du groupe.
Ce groupe travaille de plusieurs façons. Il essaie de s’étendre mais pas forcément le plus largement possible. J’aurais pu parvenir à cela il y a de nombreuses années si j’avais utilisé les services d’agences de relations publiques. Tout le monde aurait été touché par l’information. L’impact serait maximal, mais il aurait fallu une organisation élaborée pour maintenir et superviser le travail de nombreuses personnes. Cela aurait empiété sur le travail véritable qui est de préparer l’humanité à la Réapparition.
Le problème n’est pas tant une question d’équilibre que de reconnaissance des limites qui s’imposent à un groupe comme le nôtre dont le but n’est pas de vendre un produit mais de promouvoir une idée. Ce serait essayer d’utiliser une pratique commerciale, qui s’est développée à la perfection, dans une situation qui n’a rien à voir avec le commerce. Nous essayons de changer la conscience et notre approche est tout à fait différente. Dire que vous souhaiteriez avoir un meilleur impact, d’accord, mais vous n’avez pas besoin d’un impact maximal. Si vous voulez influencer cent personnes, il vous suffit peut-être d’en influencer dix. Ces dix personnes en influenceront d’autres jusqu’à ce qu’il y ait une masse de gens que vous n’avez pas forcément atteints directement mais qui auront été touchés par l’intermédiaire d’autres. Lorsque mon Maître m’a demandé d’aller apporter l’information dans le monde, je lui ai demandé : « Par où commencer ? » Il m’a répondu : « Ecris aux groupes. » « Lesquels ? » – « N’importe quels groupes. » Je n’étais en relation avec aucun. « N’importe quel groupe, tous les groupes, de tous les horizons, de toutes les traditions, tous, n’importe lesquels », a-t-il ajouté. « Entre en contact avec les groupes. Ecris-leur. Propose-leur de venir leur parler du travail concernant la Réapparition, dans le prolongement des enseignements d’Alice Bailey et de la société théosophique », ce que finalement j’ai fait. Je me suis procuré une brochure contenant une liste des différents groupes et j’ai écrit à chacun d’eux, environ une cinquantaine.
Mon Maître m’a dit : « Si tu parviens à convaincre les groupes, de ceux-ci se fera une interaction télépathique sur la masse des gens, si bien que lorsque tu t’adresseras à ces derniers, ils seront déjà un peu conditionnés par les formes pensées créées par les groupes qui sont davantage focalisés sur le plan mental que les masses. »
C’est ce que je fis. Mais je ne reçus que six réponses. Trois d’entre elles étaient ainsi rédigées : « Merci de votre invitation, mais nous avons nos propres conférenciers. » Ou bien : « Nos conférences sont déjà fixées pour les trois années à venir, mais nous serons heureux de vous mettre sur une liste d’attente. » Ou encore : «  Quels sont les enseignements d’Alice Bailey ? » Seules trois réponses furent positives dans le sens où elles m’invitaient à venir exprimer mes idées. Et c’est ainsi que j’ai commencé mes conférences. Sur cinquante tentatives, seules trois se sont avérées positives, mais cela m’a permis de commencer.
Vous démarrez de façon modeste et les choses prennent de l’importance. Elles prennent de l’importance car les gens disent : « Je suis allé à une conférence l’autre soir. Il y avait trente personnes et j’ai entendu une information tout à fait extraordinaire. Peut-être pourrions-nous inviter le conférencier. » Et on a commencé à m’inviter. Une personne en parle à vingt autres et celles-ci à quarante et finalement on atteint cent personnes. Il n’est pas nécessaire de toucher directement chaque individu. Vous n’avez pas besoin d’une organisation importante pour diffuser l’information au maximum. Ce que vous pouvez faire est ce que j’essaie de faire moi-même, utiliser les médias, parler si possible à la radio et à la télévision, donner des interviews. Vous pouvez ainsi atteindre des milliers, quelquefois des centaines de milliers, et occasionnellement des millions de personnes. Il y a des gens dans ce pays qui m’ont entendu parler en 1981. Cela fait presque vingt ans, mais ils ont l’impression que cela remonte seulement à quelques années. Ils s’en souviennent. Personne n’oublie cette histoire, c’est l’essentiel. Elle est si puissante, si inhabituelle, si différente de toutes les autres informations que, lorsque les gens sont ouverts, elle reste dans leur mémoire. Lorsqu’ils l’entendent à nouveau, ils disent : « Oh oui, je l’ai vu dans telle ou telle émission. C’était il y a quelques années. C’était très intéressant. » C’est tout ce que vous avez à faire. Vous n’avez pas besoin pour cela d’une organisation gigantesque. Lorsque je suis venu aux Etats-Unis pour la première fois, il n’y avait pas d’organisation du tout, seulement un groupe de quelques personnes intéressées, et c’est ainsi que tout a commencé.

Q. En ce qui concerne Tara Center ou Share International Foundation, il y a eu, au début, la nécessité de créer une organisation pour des raisons légales, afin de pouvoir publier des livres, des revues, etc. S’ils avaient pu se contenter de publier les ouvrages et le matériel d’information et/ou focaliser leur attention sur la promotion de vos interviews aux médias, les exigences requises auraient-elles été remplies ?
R. Il s’agit de répondre aux besoins. Si votre organisation est juste, vous connaissez déjà la réponse. Tara Center dispose d’un mécanisme permettant d’approcher des médias (bien que les choses deviennent de plus en plus difficiles au fur et à mesure que ceux-ci se protègent davantage). Davantage d’interviews à la radio, et occasionnellement à la télévision et dans les journaux, me sont proposées aux Etats-Unis que nulle part ailleurs dans le monde. Il existe davantage de médias. Il y a davantage de stations de radio, même les petites villes en possèdent une. Il existe davantage de réseaux ; vous parlez dans une station et l’émission est diffusée dans un grand nombre d’Etats. Ainsi l’information se répand. Vous n’avez pas besoin pour cela d’une vaste organisation. Il suffit d’une liaison entre le groupe et les médias, et entre le groupe et moi. Cela permet d’informer des millions de personnes dans ce pays.
Si la même chose existait dans tous les pays, je serais épuisé, mais le message pourrait être transmis de la même façon en Europe ou ailleurs. Le seul endroit d’Europe où nous recevons une grande attention de la part des médias est l’Espagne. Pour cette raison, l’Espagne réussit particulièrement bien à faire connaître l’information. Les co-workers utilisent dans une large mesure l’énergie de l’âme et ils font de nombreuses conférences. Ils ont établi de bonnes relations avec différents médias ; il existe des relations personnelles entre les membres du groupe et les journalistes intéressés, si bien qu’à chaque fois que je me rends à Madrid ou à Barcelone, certaines personnes souhaitent m’interviewer. Il y a aussi une continuité avec ce qui a été fait auparavant. J’y vais une fois par an si bien que les gens sont constamment informés. Il est important que le message soit répété. Pour cela une vaste organisation n’est pas nécessaire. Il faut seulement des gens ayant suffisamment de talent, de courage, de persévérance et de diplomatie pour entrer en contact et travailler avec les médias.

Comment les Maîtres enseignent

Q. Les Maîtres nous donneront-ils un enseignement direct après leur émergence ? Sinon le monde entier ne pourra changer.
R . Les Maîtres ne vont pas diriger votre vie à votre place. Ils ne vont pas vous dire : « Vous devriez vous consacrer davantage à telle ou telle chose. » Mon Maître ne le fait pas. Si je veux savoir quelque chose, je dois le lui demander. Autrement il ne m’adresse jamais la parole. Et je dois lui poser ma question d’une manière juste, sinon je peux interpréter sa réponse de travers.
Par exemple, au début, si j’étais en train de lire un livre et si je tombais sur quelque chose dont je pensais avoir compris intuitivement la signification, je lui disais : « Est-ce bien cela ? » Et il me répondait : « Tout à fait, tout à fait. » Cela a duré ainsi pendant des mois. J’étais content de moi. J’avais l’impression de tout comprendre. Je pensais que mon intuition fonctionnait réellement parce que peut-être, la première fois que j’avais lu le livre je n’avais pas compris. Maintenant je comprenais. Il a fallu du temps avant que je réalise que « tout à fait » ne signifiait pas que j’avais tout à fait raison. Cela signifiait : « C’est tout à fait ce que tu me dis. » Les Maîtres sont très précis. Le mien ne dit pas : « Non, non, tu te trompes. » Cela me mettrait sur une voie différente. C’est quelque chose qu’il n’est pas autorisé à faire. Ce serait enfreindre mon droit d’apprendre par moi-même. Vous devez apprendre par vous-mêmes, ne pas demander ou attendre que le Maître vous enseigne quelque chose. Je ne demande pas à mon Maître de m’enseigner quoi que ce soit. Je lui demande seulement des informations.
C’est difficile d’être un Maître, j’en suis sûr. C’est difficile aussi d’être un disciple en contact avec un Maître. Ils sont si bizarres. (Il dit : « N’exagère pas ! ») Personnellement, je ne le suis pas, croyez-moi. Leur façon de penser, leur manière de se conduire avec les disciples sur le plan physique, tout cela est si différent de ce que l’on pourrait imaginer ou attendre.

Q. Pourriez-vous nous donner quelques exemples, qui ont pu vous surprendre, de la manière dont vous vous êtes libéré de vos propres mirages ?
R. J’ai été pris en main par mon Maître et le processus qui m’a débarrassé de mes mirages et de mes illusions a été si intense qu’il m’est difficile de vous en donner une idée. C’était comme si j’avais subi pendant vingt heures par jour une psychanalyse approfondie et continue. Ce n’était pas comme de se rendre chez un psychanalyste une ou deux fois par semaine et parler pendant une heure confortablement installé sur un divan, c’était quelque chose de continu, comme si le Maître avait été assis sur mes épaules, me débarrassant de mes mirages et de mes illusions de la manière la plus pénible que l’on puisse imaginer. Sans arrêt, minute après minute, jour après jour, j’avais cette voix en permanence dans la tête. De temps en temps il s’excusait de devoir agir ainsi. Vous ne pouvez échapper à la voix d’un Maître. Il peut la rendre plus forte que n’importe quelle pensée que vous puissiez avoir. Il peut imiter n’importe quel bruit dans votre tête. Il peut imiter la voix d’une autre personne, et il vous faut quelques minutes avant de réaliser que ce n’est pas cette personne mais le Maître qui parle. Les Maîtres sont capables de n’importe quel tour de magie. Je ne peux pas commencer à vous raconter tout cela. J’entendais la voix de quelqu’un. Je connaissais cette personne et je devais décider si c’était vrai ou faux. Je devenais astucieux et je disais : « Non, cette fois c’est raté. » Il était difficile de s’y retrouver. La voix était identique mais il manquait quelque chose.
Il s’agissait en quelque sorte de me montrer tout d’abord toutes les faiblesses de mon caractère, de prendre mes points faibles et de les marteler sans cesse, jusqu’à ce que je me dise : « Bon, je peux laisser ce mirage de côté, l’oublier », après avoir été sur le grill pendant plusieurs jours sur le même sujet. Ce fut si dur, et cela s’est passé il y a si longtemps, que je m’en souviens à peine. J’ai gardé certaines impressions, certaines certitudes, mais je ne peux vous donner d’exemples précis, je peux seulement vous dire qu’il a mis l’accent sur ce qu’aujourd’hui je considérerais comme des faiblesses et qu’à l’époque je n’avais peut-être pas vues ; mais, que je les ai vues ou non, à coup sûr j’en fus débarrassé. Il insista jusqu’à ce que je sois capable de considérer les choses sous tous les aspects possibles : aspects que je pouvais voir facilement ou auxquels je n’aurais jamais pensé, jusqu’à ce que tel point faible m’apparaisse au grand jour. Je pouvais faire le tour de la question, l’examiner sous tous les angles, et ainsi je pouvais renoncer à telle ou telle de mes faiblesses. Cela pouvait être une illusion ou un mirage, tantôt l’un tantôt l’autre.
Finalement il arrive un moment où l’on peut venir à bout du mirage, mais le problème alors, c’est l’illusion. Lorsque c’est quelque chose de mental, c’est une illusion. L’effet est pratiquement le même.

Q. Dans la vie courante, nous faisons l’expérience de choses dont nous pouvons nous rendre compte immédiatement, si nous sommes suffisamment conscients, qu’il s’agit de mirages, mais il nous faut parfois attendre des mois avant qu’une circonstance particulière nous mette à nouveau en présence du même mirage. Votre Maître a t-il créé et concentré dans un temps limité les mirages de toute une vie ?
R. C’est probablement une bonne manière d’envisager la situation. C’est comme si tout avait été télescopé, afin qu’en quelques semaines ou quelques mois, je subisse l’équivalent de nombreuses années d’une psychanalyse pénible et intense. Il ne s’agissait pas de psychanalyse au sens habituel du terme mais je ne peux pas trouver un autre mot. C’était une présentation psychique. Habituellement un psychanalyste vous demande : « Quel problème avez-vous aujourd’hui ? » Ou : «  Vous pouvez commencer à parler. Quel a été votre problème ? Parlez-moi de votre mari/votre femme. Vous entendez-vous avec lui/elle ? » Ce n’était pas du tout cela. Il ne me disait même pas : « Comment vas-tu aujourd’hui ? » Il se contentait, apparemment, de dire quelque chose calmement, d’émettre une idée. « Voyons cela. » Et il me faisait me raconter les choses à moi-même. Si bien que c’est moi qui faisais l’analyse, tout le travail d’approche. Il ne me disait pas de faire ceci ou cela, ni c’est bien ou c’est mal. Rien de tout cela. Il me mettait en face de moi-même. « Est-ce que cela te paraît juste ? Est-ce que cela te rend heureux ? Car tu m’as montré que c’est ainsi que tu es, c’est toi. » C’était comme un miroir. Il insistait encore et encore sur ma manière d’être, jusqu’à ce que je lui dise : « Tu as traité cette question hier. » Mais il répondait : « C’est possible. Examinons-la à nouveau. » – « Oh non ! » C’était vraiment très pénible et il s’excusait.
Les Maîtres sont prévenants et bien élevés. Pour ma part, je suis si mal élevé que je lui dis : « Quelle est la structure de rayons de celui-ci ? Ou de celui-là ? » Mais lui, par contre, s’exprime ainsi : « Benjamin Creme voudrait-il avoir l’obligeance… » Je devrais m’en souvenir et demander : « Le Maître voudrait-il avoir l’obligeance… », au lieu de : « Qu’est-ce que ceci, qu’est-ce que cela ? Combien ? Quel pourcentage ? » La différence entre la politesse d’un Maître et la mienne est immense. Mais les gens me posent des questions si rapidement que je prends l’habitude de demander aussitôt la réponse. Si bien que je le fais même lorsque je suis tout seul. C’est une honte.
Mais le Maître s’excusait. Il disait : « Le Maître s’excuse de te faire traverser tout cela, mais c’est nécessaire, éprouvant mais nécessaire. » Ce fut un processus terrible, mais voyez le résultat !

Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : spiritualité
Rubrique : Dossier ()