L’article suivant est issu de conférences données par Benjamin Creme en 1993, lors des rencontres annuelles de méditation de transmission de San Francisco (E.-U.) et de Kerkrade (Pays-Bas), ainsi que des questions-réponses qui ont suivi.
La construction de l’antahkarana
Q. Comment construire de manière correcte l’antahkarana ? En quoi cela consiste-t-il ?
R. Pour le moment, cette science n’est pas à la portée de l’humanité. Maitreya la résume de façon très simple en ces termes : « Seul le Soi importe ; vous êtes ce Soi : un être immortel. Je suis venu pour vous enseigner l’art de la réalisation du Soi. » Cet art relève du domaine de la conscience.
Maitreya est probablement le seul à pouvoir présenter cela de manière aussi simple. Il affirme que nous nous identifions avec un aspect inadéquat de nous-mêmes. Nous ne nous identifions pas à nous-mêmes en tant qu’âme, en tant que Soi, mais nous nous identifions à notre corps, à ce que Maitreya nomme l’esprit, (l’aspect énergie, astral, éthérique, la « shakti », l’énergie même de la Terre), ainsi qu’aux constructions de notre mental, à nos pensées. Nous nous identifions à tout cela, comme si cela était le Soi. Mais aucun de ces aspects n’est le Soi. Le Soi est ce qui se tient en retrait et observe par leur intermédiaire.
Pendant des éons, l’âme crée inlassablement des corps qui, les uns après les autres, permettront progressivement au Soi de se manifester totalement, parfaitement, sans entraves, dans sa polarité opposée : la matière. La matière se trouve alors spiritualisée, son taux vibratoire, accru. Selon la terminologie religieuse, elle est « rachetée ». C’est pourquoi le Christ est appelé le Rédempteur, le Saint Rédempteur des hommes (je ne pense pas ici seulement aux chrétiens). Le principe christique est le principe rédempteur. C’est ce principe qui, dans la vie, dans la création, se crée un véhicule par le pouvoir de sa conscience, par l’énergie de la conscience et, de ce fait, par l’énergie de l’évolution. C’est cet accroissement de la conscience, cette action de l’évolution ascendante — par un affinement de la nature de la conscience, une élévation continue de sa fréquence, de son taux vibratoire — qui constitue l’évolution elle-même. Cela conduit à une expansion graduelle de la connaissance de ce qui est, et de ce qui pourrait être ; c’est un processus créateur. La créativité est l’essence même de l’âme.
La création, de par sa nature même, implique qu’elle est inachevée. La création est mouvement, mais le Soi, derrière la création, demeure immobile. Il est immuable, sans mouvement, sans aucune sorte de réflexe ; il ne fait qu’observer la création. Avant la création, existe l’« Être suprême » du Soi. La création, ainsi que l’exprime Maitreya, est le « devenir », le devenir du Soi. Ce devenir est le mouvement de la vie, le mouvement de la création, la découverte de ce qui pourrait être.
Il ne s’agit pas d’adopter une attitude de scientifique, de regarder la vie à travers un microscope et d’essayer de découvrir comment une cellule réagit par rapport à une autre, et ainsi de suite. Cette attitude est valable sur le plan physique, mais elle est limitée. Si vous croyez que ce que vous voyez est le tout, la totalité, vous passez à côté d’un grand mouvement et d’un grand mystère. Tel est le problème de la plupart des scientifiques aujourd’hui. Ils ne s’occupent que du plan physique, qui n’est que la surface de la vie. Leur travail a cependant beaucoup de valeur, ne vous méprenez pas ; il est d’une importance capitale pour la santé, la lutte contre les maladies, la compréhension de la nature du plan physique. Il nous renseigne cependant très peu sur la nature de la conscience, sur l’action de la vie elle-même dans la création. C’est pourquoi nous sommes ignorants. Étant donné la nature de notre science, nous devrions être très bien pourvus. D’un certain point de vue nous le sommes, mais d’une manière très limitée seulement ; c’est le mental concret inférieur qui est pourvu. Mais il est évident que, sans lui, l’action du mental supérieur ne pourrait s’exercer. Le mental supérieur ne peut entrer en action avant le mental inférieur. Chaque chose en son temps.
La méditation est nécessaire pour nous permettre d’entrer en contact avec l’âme, et par conséquent avec la conscience de l’âme. De par sa nature même, la méditation amorce le processus de construction de l’antahkarana.
Q. Pourquoi vous référez vous autant aux aspects techniques et aux concepts de la science de l’antahkarana transmis par le Maître D.K., alors qu’il semble tellement plus facile de comprendre la conception de Maitreya sur la réalisation du Soi ?
R. Je pense que la moitié d’entre vous vont rentrer chez eux en se disant : « La conférence était intéressante d’une certaine façon, mais nous ne savons toujours pas grand-chose au sujet de l’antahkarana. Il ne nous a pas dit comment nous y prendre. Il n’est pas entré dans les détails techniques, alors que c’est de cela dont nous avons besoin. Indiquez-nous simplement la procédure et nous l’appliquerons. Pourquoi s’en tient-il à ces choses abstraites, générales, à ces vagues concepts ? »
L’autre moitié se demandera : « Pourquoi a-t-il mis tellement l’accent sur les aspects techniques, sur tous les concepts techniques de cette science ? Je n’ai pas l’esprit scientifique. Le discours de Maitreya est beaucoup plus simple ; il parle de l’antahkarana comme du chemin de la réalisation du Soi. »
Je suis persuadé de l’existence de ces deux attitudes — et si tel est le cas et dans les proportions que j’ai mentionnées, je dois être près de la vérité. J’essaye de faire le lien entre ces deux attitudes, de dire quelles sont toutes deux valables. Il existe de nombreux chemins différents. Tous peuvent se décrire de la même façon : « la construction de l’antahkarana ». J’essaye de les relier et de montrer combien les mots peuvent être interchangeables. Chacun de ces concepts est exprimé par des mots que nous confondons avec l’objet. Tel n’est pas l’antahkarana. L’antahkarana est la conscience de ce qui est et de ce qui pourrait être. C’est la vie même. La création de l’antahkarana est un moyen par lequel nous construisons le pont qui nous amènera à devenir ce que nous sommes, mais en pleine conscience.
Q. Comment un Maître construit-il le mayavirupa ?
R. L’aptitude à construire le mayavirupa dépend de notre connaissance de la science du retour. La science du retour est la construction de l’antahkarana. Pour créer le mayavirupa, vous devez connaître le chemin du retour, vous devez l’avoir parcouru. Et l’ayant parcouru, vous aurez acquis non seulement la maîtrise, mais aussi les pouvoirs — et cela sur tous les plans. Ces pouvoirs résultent de la connaissance des mécanismes de la vie à ses différents niveaux. Lorsque vous vous en serez retournés, passant par les différents niveaux, vous saurez comment créer le mayavirupa, et par le pouvoir de la pensée vous pourrez vous rendre partout où vous voudrez.
Q. Comment l’antahkarana est-il construit ? Par les formes-pensées ? Autrement dit, quelle est l’importance de la pensée dans la construction de l’antahkarana ?
R. Elle joue un rôle très important. Au départ, l’antahkarana se construit pas l’énergie du mental. C’est précisément l’utilisation du mental et l’imagination créatrice qui créent la première partie de l’antahkarana. La seconde partie, celle qui va de l’âme à la Monade, est construite de lumière. Ainsi, l’antahkarana est d’abord créé par la pensée, puis formé de lumière : une pensée maîtrisée et une lumière vécue.
Q. La construction de l’antahkarana et la montée de la kundalini sont-elles un seul et même processus ?
R. Non, pas du tout.
Q. La structure de rayons, en particulier le rayon de l’âme et le rayon du mental, a-t-elle une influence dans la construction de l’antahkarana ?
R. Du fait qu’il existe sept rayons — c’est-à-dire sept différents types d’êtres — il existe sept différentes façons de voir la réalité. Le rayon de l’âme ne change pas, mais tous les autres rayons changent, ou peuvent changer, de vie en vie. Dire d’une personne quelle est sur la ligne 1, 3, 5, 7 ou sur la ligne 2, 4, 6, c’est la décrire de manière très simpliste et superficielle, car chacun, par le phénomène de l’incarnation, a fait de très nombreuses fois l’expérience de tous les rayons, — bien que certains rayons, comme le 1er et le 5e, ne soient attribués qu’à partir d’un certain niveau d’évolution.
Chaque rayon génère une méthode de travail particulière. Les rayons déterminent la forme ou les qualités avec lesquelles l’antahkarana est construit, selon la manière de penser de la personne, son type de mental. Par exemple, un mental de 2e rayon travaillera très différemment d’un mental de 1er ou de 5e rayon. De même un mental de 3e rayon travaillera différemment d’un mental de 7e ou de 4e rayon, et ainsi de suite. Le rayon de votre corps, et par conséquent de votre cerveau, déterminera la manière dont vous aborderez la construction de l’antahkarana au cours de cette vie-ci. Cependant, il n’affectera en rien la nature de l’antahkarana lui-même.
Q. Quel est le rôle de la méditation personnelle dans la construction de l’antahkarana ?
R. Son rôle est immense. Dans la méditation personnelle, vous vous alignez progressivement avec l’âme, et faites l’expérience de la réalité du Soi.
La méditation personnelle renforce directement le lien entre la personnalité et l’âme. Elle vous permet d’être en alignement avec l’âme, invoquant son énergie. En pratiquant une méditation personnelle, vous invoquez automatiquement l’âme, et l’âme devenant pour vous une réalité, vous en faites l’expérience. Chaque fois que vous méditez, la conscience de l’âme grandit en vous, elle devient de plus en plus puissante.
L’âme constitue l’intermédiaire entre le Soi et l’individu. La méditation, si elle est pratiquée correctement et assidûment, crée un lien ininterrompu. L’antahkarana n’est pas une forme, un pont, un dessin ou une peinture ; c’est la conscience. Par la méditation personnelle, vous devenez conscient de qui vous êtes. Cette conscience grandit, jusqu’à ce que vous deveniez ce que vous êtes. Vous créez le chemin devant vous, construisant pas à pas l’antahkarana. L’antahkarana se déploie à chaque méditation personnelle, à chaque méditation de transmission. La combinaison de ces deux activités (méditation et service) trace le chemin du retour.
Q. Cela m’aide de regarder des lithographies de vos peintures, « le Diamant Flamboyant », etc. Regarder la lithographie de « l’antahkarana » peut-il m’aider à construire mon antahkarana ?
R. Le simple fait de regarder la lithographie ne vous aidera pas. Mais vous pouvez l’utiliser à des fins de méditation personnelle pour visualiser « l’antahkarana », si vous comprenez le symbolisme de cette peinture, le dessin. Ce dernier n’est qu’un symbole, ce n’est pas l’antahkarana lui-même. L’antahkarana est un pont de conscience créé par la pensée — et ensuite par la lumière — qui forme un lien entre les trois aspects de notre être : la Monade, l’âme et la personnalité. Ce que vous voyez sur une image, ou ce que vous pourriez visualiser, représente simplement le symbole de quelque chose ; ainsi, cette lithographie est un symbole de l’antahkarana achevé. Si vous comprenez cela, si vous comprenez comment l’antahkarana est construit, et ne voyez la lithographie qu’en tant que symbole, oui, la regarder peut vous aider à atteindre la concentration nécessaire à la construction de l’antahkarana.
C’est la raison pour laquelle des idées vous sont présentées, par exemple dans les ouvrages d’Alice Bailey ou de la théosophie : pour vous donner une image, une idée — et donc un début de conscience — du processus évolutif. L’ésotérisme est la science de ce processus et, inévitablement — du fait qu’il présente des idées qui sont abstraites pour le mental inférieur concret — il doit utiliser des symboles, qui permettent d’accéder à la signification, cachée derrière le symbole. C’est la signification qui importe, et l’antahkarana, lorsque le lien avec l’âme est tissé, vous introduit dans le monde de la signification. Ces « significations » constituent l’« état d’être » d’états plus subtils de l’être, c’est-à-dire du plan de l’âme, et finalement du plan monadique.Pour qu’un symbole représente quelque chose pour vous, il faut que ce « quelque chose » soit déjà représenté dans votre conscience par une forme mentale qui en « tient lieu ». Comprendre le symbole est très important, surtout si celui-ci est puissant et correctement exprimé. Votre conscience de la signification du symbole peut donner du poids à votre effort de construction de l’antahkarana, cela est certain. Ce symbole a été intégré à la méditation personnelle présentée à certaines personnes, comme liée à leur processus évolutif.
Q. Quelle est la différence entre un symbole et un signe ?
R. Un symbole peut être un signe, mais un signe n’est pas nécessairement un symbole. De nombreux artistes créent des signes, appelés à tort indifféremment « signes » ou « symboles ». Il est possible de créer un signe qui soit également un symbole, qui représente non seulement une forme mais la signification cachée derrière cette forme ; alors qu’un signe ne représente qu’une forme, un abrégé de la forme, comme c’est le cas des caractères chinois : vous tracez une certaine forme et chacun sait que cela représente une maison ; c’est le signe qui représente une maison, mais ce n’est pas le symbole d’une maison. Tout grand art est par nature symbolique. Je ne veux pas dire par là que derrière chaque image se cache une histoire — je crois que l’idée victorienne qui veut que « toute image raconte une histoire » est erronée — mais que toute image, qu’elle raconte ou non une histoire et aussi abstraite soit-elle, est soit un signe soit un symbole, ou les deux. Un signe est identifiable immédiatement, comme les panneaux de signalisation routière reconnus instantanément à travers le monde, ce qui n’est pas le cas du symbole. Ceci (la lithographie de l’antahkarana) est le symbole de quelque chose (l’antahkarana) qui existe dans la réalité, et fait en effet partie de la réalité lorsqu’il est construit, car il est alors constitué d’énergie.
Le « signe », dont nous avons parlé, n’est pas fait d’énergie ; il est placé pour indiquer une forme, une idée, etc.
Q. La Prière pour le nouvel âge est-elle un aspect de l’antahkarana ?
R. Non. L’antahkarana, sa construction terminée, vous apportera le type de conscience monadique dont la Prière pour le nouvel âge est une affirmation. La Prière pour le nouvel âge est une manière d’affirmer ce qui existe. L’antahkarana est délibérément construit par l’individu en incarnation afin de créer un pont de conscience entre la Monade et son reflet, l’âme, et entre l’âme et la personnalité physique. Ces trois plans d’expression distincts de la vie — la Monade, l’âme et la personnalité — doivent être de nouveau reliées : tel est le chemin du Retour. La Prière pour le nouvel âge ne constitue pas le chemin du Retour, mais affirme que chacun est le Soi, le but à la fin du Chemin. La Monade est une réalité, ainsi que l’âme et l’homme sur le plan physique ; mais du point de vue de la personnalité les autres réalités sont pour la plupart inconnues.
L’antahkarana est le moyen par lequel vous devenez conscient du lien qui unit ces trois réalités ; voilà pourquoi il est le chemin du Retour. Les affirmations, mantrams, prières, méditations, etc., font tous partie de ce processus.
Q. L’âme est-elle consciente de la Monade ?
R. La Monade est consciente de l’âme et l’âme est consciente de la Monade. L’âme, de manière cyclique, dirige son attention vers son reflet, l’homme en incarnation, et lui transmet son énergie. A d’autres moments, elle tourne son attention vers ce dont elle est le reflet, la Monade. Cela se poursuit inlassablement, tandis que grandit, sur le plan physique, la conscience de la relation avec l’âme.
Lorsque cette relation devient puissante et constante dans notre vie, nous réalisons que cela n’est pas encore le bout du chemin et qu’il existe, au-delà de l’âme, une réalité encore plus grande, une lumière encore plus brillante et plus claire, plus resplendissante : la Monade. A partir de la troisième initiation, l’énergie de la Monade — l’aspect Volonté — commence à influencer l’activité de l’individu. Dès lors, les liens entre lui-même et son environnement — et par environnement j’entends tout, pas seulement les arbres et les maisons, mais les individus, les groupes, le monde entier dans toutes ses ramifications, tout ce avec quoi nous entrons en contact, qu’il s’agisse de quelque chose de proche ou d’éloigné — croissent dans toutes les directions.
La preuve en est que le disciple est la personne qui a acquis la maîtrise de son environnement, alors que l’initié se reconnaît non seulement à cela, mais au service qu’il accomplit pour le monde. Ainsi, de votre propre environnement vous vous tournez vers le monde, pour finalement vous relier au monde entier. C’est ce que font les Maîtres et les grands initiés. Ils sont reliés au monde, et leurs fils de connexion s’étendent progressivement dans toutes les directions. Ce sont de véritables fils, car ce sont des fils d’énergie — rien d’autre n’existe que l’énergie. Chaque fois que nous parlons d’une forme, c’est en réalité d’un symbole de l’énergie dont nous parlons, de quelque type que ce soit.
Q. Quel est l’effet de la prière sur l’antahkarana ?
R. La prière est le résultat d’une aspiration émotionnelle témoignant du sens qu’a l’individu de sa divinité, de la certitude qu’il a qu’à l’extérieur de lui-même — au-dessus, au-delà, à l’extérieur de la conscience de son mental inférieur — il existe une Source supérieure de Conscience, de Connaissance, d’Amour et d’Intelligence. Prier — comme par exemple dire le Notre Père — consiste à reconnaître ce fait. La prière est l’expression d’une aspiration émotionnelle, et cette aspiration aura certainement un effet sur le début de la construction de l’antahkarana (mais n’oublions pas que l’antahkarana est avant tout un pont créé de matière mentale, et par le mental). Ce processus doit être accompli consciemment par l’individu en incarnation ; il résulte essentiellement d’un mental capable de visualiser et de créer ce pont. Le pont entre la personnalité et l’âme est créé par la pensée, et le pont entre l’âme et la Monade est construit de substance lumineuse. Du point de vue cosmique, cependant, cette substance de lumière est toujours de la matière.
La prière a un effet, mais seulement au début du processus. L’aspiration émotionnelle doit se transformer en activité concentrée et focalisée du mental. Cette activité construisant l’antahkarana, reçoit finalement l’énergie de l’âme puis, à travers l’âme, celle du mental supérieur, abstrait — le niveau manasique de la Triade spirituelle — qui est le reflet, dans l’âme, de la Monade triple.
Q. Les dévas construisent-ils aussi un antahkarana ?
R. Non. Ils travaillent d’une façon totalement différente. L’antahkarana est construit consciemment par la méditation, par l’action du mental humain utilisant l’énergie mentale. Les dévas, quant à eux, travaillent au niveau de la matière, de la forme. Leur évolution s’effectue par une prise de conscience grandissante de la nature de la réalité, de la vie telle qu’elle est maintenant. Nous croissons en conscience grâce à notre compréhension du principe créateur. Pour nous, il ne s’agit pas simplement de comprendre ce qui est, mais également ce qui pourrait être. Il s’agit d’une activité créatrice, entièrement différente de celle liée à l’évolution dévique.
La créativité et le service
Q. Qu’entendez-vous par créativité ?
R. La créativité est l’expression essentielle de la Volonté et de l’Amour de la divinité. Comme vous le savez, deux fils sont présents dès le début : le sutratma, le fil de la Vie, provenant de la Monade et ancré dans le cœur, et l’antahkarana, le fil de la conscience, provenant de l’âme et ancré dans la tête. L’activité de la Monade force la vie à se manifester. Il s’agit en soi d’un acte créateur, et lorsque la vie entre en contact et s’unit avec sa polarité opposée — la substance, l’énergie de la matière — la conscience est créée ; c’est le premier acte créateur. La vie est présente dans la forme, mais la substance qui crée la forme est elle-même sans expression jusqu’à ce qu’elle s’unisse à la vie. Lorsque vie et forme s’unissent, naît la conscience— ce que nous appelons le principe christique. Le principe christique est le processus créateur né de l’interaction de la vie et de la forme, avec comme résultat la créativité, qui est la nature essentielle de la divinité.
Un axiome occulte fondamental énonce que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Le microcosme reflète de façon exacte le Macrocosme, et dès que l’individu en incarnation maîtrise le processus de la pensée et par conséquent les énergies des chakras, la créativité essentielle de l’âme commence à se refléter sur le plan extérieur.
Cette créativité peut prendre de nombreuses formes, l’une d’entre elles est le service. Créer est servir, servir est créer ; ce sont une seule et même réalité, la nature même de l’âme. Le fil de la vie est ancré dans le cœur, celui de la conscience, dans la tête, et lorsque ensemble ils créent le lien avec l’âme, se forme alors aussi le fil de la créativité. Lorsqu’il a acquis suffisamment de force et a évolué jusqu’à un certain stade, le fil de la créativité est ancré dans la gorge. La tête, le cœur et la gorge deviennent alors, ensemble, les centres de réception de l’énergie de l’âme. Cela conduit inévitablement à une créativité de plus en plus grande de la part de l’individu, une créativité qui peut emprunter quelque forme que ce soit. Cependant, le service devra inévitablement en faire partie. Lorsqu’un artiste peint, lorsqu’un homme crée une nouvelle structure politico-économique, il s’agit à la fois d’un acte créateur et d’un geste de service. On ne pourrait séparer les deux et dire que ceci est service sans créativité, ou ceci créativité sans service. Tout ce qui jaillit de l’âme est à la fois créativité et service, car la nature de l’âme est à la fois orientée vers la créativité et vers le service.
Q. Vous affirmez que créer est servir, et que servir est créer. Pourriez-vous expliquer le rapport entre les deux ?
R. Le service et la créativité sont une seule et même réalité parce qu’ils ont la même origine : l’âme. La nature de l’âme est de servir et d’être créative, la nature de la divinité étant elle-même Créativité.
Rien n’est immuable. Si rien n’est immuable, c’est qu’il existe une action créatrice d’où provient le changement, qui met les énergies en mouvement et apporte le stimulus d’énergies nouvelles et plus puissantes provenant d’une source supérieure — de son soleil dans le cas d’une planète, du système solaire supérieur dans le cas du soleil, et ainsi de suite pour tout le cosmos. Toute entité qui est l’âme d’un véhicule, que ce véhicule soit une planète ou un corps humain, reçoit de l’énergie d’une source supérieure, la transmet à une entité inférieure, laquelle la retransmet à son tour vers le bas. Ainsi existe-t-il en permanence un courant descendant d’énergies supérieures, engendrant une stimulation. Cette stimulation équivaut à remonter le mouvement d’une horloge. La tension augmente — nous l’appelons tension spirituelle parce que nous sommes en présence d’énergies de type spirituel — et le ressort de l’horloge se tend de plus en plus, jusqu’à ce que le mouvement devienne inévitable. Dans le cas de l’horloge, la tension fait tourner les aiguilles ; dans la vie d’un individu, elle stimule la créativité. La personne commence alors à créer quelle qu’en soit la manière. Lorsque l’âme est invoquée, son énergie crée la tension dans le « ressort » de votre vie, vous amenant sur le chemin de la créativité. Plus vous vous rapprochez de l’âme, plus s’accroît l’intensité de cette créativité et de ce service. C’est pourquoi service et créativité sont identiques ; ils sont tous deux l’expression de l’âme ; il ne peut y avoir l’un sans l’autre.
Q. Quel est selon vous le but sous-jacent à la création ?
R. Il n’existe qu’un seul but identifiable dans tout le cosmos : le service du cosmos par le cosmos. S’il est juste de dire que nous sommes Dieu, alors, on ne peut prétendre que Dieu est là-bas, et nous ici.
Dieu est un état d’Être, un état de conscience. Lorsque vous avez atteint cet état de conscience, vous savez que vous êtes Dieu. Avant d’avoir atteint cet état de conscience, même si on vous affirme que vous êtes Dieu, vous n’en avez pas encore l’expérience. Ce n’est que lorsque vous avez cette expérience, lorsque vous savez, que vous pouvez manifester votre divinité dans votre vie.
Le premier et principal moyen d’exprimer une telle expérience est le service. C’est pourquoi existe cette planète Terre, des systèmes solaires, un univers. Réfléchissez à l’immensité de la Voie lactée, notre propre galaxie, avec ses milliards de systèmes solaires, qui ne représente pourtant qu’une parcelle de l’univers. Pensez à notre système solaire et à ses différentes planètes, chacune avec son niveau d’évolution particulier. Regardez notre propre Terre et les myriades de créatures et d’individus qu’elle abrite. Tout cela constitue le corps d’expression d’une entité, d’un Être doué de conscience. Il s’agit de la forme extérieure d’une grande entité qui fait des expériences. Ces expériences ont pour noms la Terre, Jupiter, Vénus, Mars, etc…. Ce sont les expériences d’une entité, le Logos, poussé à se manifester de manière créative par le désir de servir. Cette entité n’est pas séparée de vous et de moi. Elle est un aspect du Tout — une partie du Tout plus évoluée que vous ou moi, mais nous faisons aussi partie de cette même forme. S’il existe un Dieu qui a créé toutes choses, rien d’autre que Dieu ne peut exister. Dieu seul existe. C’est ce dont nous prenons pleinement conscience le long du chemin du retour, par la construction de l’antahkarana.
Q. Quelle principale raison l’âme a-t-elle de s’incarner ?
R. L’âme s’incarne pour servir le plan d’évolution. L’âme est un intermédiaire. Elle connaît son but qui est de refléter la Monade au moyen de la Triade spirituelle — atma, ou l’aspect Volonté, bouddhi, ou l’aspect Amour-Sagesse, et manas ou l’aspect Intelligence, qui, par leur interaction, sont facteurs de vie. Plus l’antahkarana progresse vers le haut — non en tant que forme, mais en tant qu’état de conscience abstrait — plus l’individu pourra utiliser ces trois aspects. L’aspect manasique est le premier à pouvoir être utilisé : la personne acquiert davantage d’intelligence pratique. Elle se sert de l’intelligence pour diriger et modeler sa vie de manière constructive, créative, par l’utilisation intelligente de l’énergie créatrice provenant de l’âme. Lorsque le contact avec l’âme s’établit, une vie créatrice s’ensuit nécessairement ; c’est inévitable.
Q. Est-ce pour cette raison que les grands artistes comptent parmi les grands initiés cités dans la liste publiée dans votre livre « la Mission de Maitreya » ?
R. Exactement. Ce sont toujours les initiés qui créent la culture d’une nation. La civilisation est le résultat de la diffusion de la connaissance, de l’amour-sagesse ou bouddhi, ainsi que la volonté dynamique, atmique, qui met le tout en mouvement et l’oriente dans la bonne direction. C’est pourquoi telle ou telle civilisation développe un caractère particulier et des idées qui lui sont propres, formant un tout auquel nous pouvons attribuer un début et une fin.
Tout au long de notre histoire, les différentes civilisations ont été principalement créées au moyen de la culture, par les initiés de leur temps.
Q. La religion a-t-elle encore une valeur pour nous ?
R. Les religions rappellent l’interrelation existant entre l’humanité et Dieu — même si elles présentent Dieu comme un vieil homme barbu surveillant de là-haut tout ce que vous faites, et n’appréciant pas la majeure partie de ce que vous faites. C’est certes une vision simpliste, mais dont l’avantage est de rappeler à l’humanité qu’elle n’est pas seule, qu’il existe autre chose dans la vie que les besoins immédiats du corps physique, que la vie est d’origine spirituelle et doit être vécue à un niveau toujours plus élevé de la spirale. Telle est la force et la valeur des groupes religieux organisés. Ils protègent les jeunes (je ne pense pas ici aux petits enfants, mais aux jeunes âmes qui, autrement pourraient gaspiller de nombreuses incarnations en des vies inutiles ou même dangereusement destructrices). Les religions constituent un cadre protecteur même si avec le temps, elle finissent par être abandonnées. Le mécanisme protecteur d’une Église-mère (ou père) est finalement délaissé ; il n’est plus nécessaire. Généralement, la personne se révolte et peut aller jusqu’à rejeter complètement l’idée de Dieu pendant des années, jusqu’au jour où, d’elle-même, par la méditation, elle établit le contact avec l’âme. Et le processus de construction de l’antahkarana commence, même si la personne n’a jamais entendu prononcer le mot antahkarana. Pour les ésotéristes déjà engagés sur le Chemin, ce processus est totalement conscient.
(Voir la suite de cet article dans le numéro 75 de novembre 1994)
Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : sagesse éternelle
Rubrique : Dossier ()
