Une icône qui verse des larmes

Partage international no 50octobre 1992

Interview de Père Pangratios par Bette Stockbauer

Il émane une atmosphère sacrée des cent arpents de cette contrée vallonnée du Texas appartenant à une communauté monastique de prêtres et de nonnes orthodoxes russes. Niché au sommet d’une colline, dominant un panorama aux doux vallons bleutés, un temple minuscule fait office de lieu de culte. Au cœur de la communauté, se trouve une icône de la Vierge Marie et de l’enfant Jésus. Depuis 1985, cette icône verse des larmes de myrrhe.

Les moines et les nonnes ne pensent pas que la Mère de Dieu verse des larmes de joie. Pour eux, ces larmes sont plutôt un signe de détresse, un appel à la prière, au jeûne et à un changement de vie — en fait au passage d’un mode de pensée terrestre à une pensée de nature divine. De grands miracles se sont produits. Grâce à l’application des larmes de l’icône, des cas de cancer, de leucémie, de cécité, de maladies mentales ont été guéris, et le don le plus précieux — la paix de l’esprit — a été accordé à de nombreuses âmes. Il semble qu’elle se mette souvent à pleurer lorsque se présente une personne ayant tout particulièrement besoin de son amour bienfaisant.

L’histoire de Christ of the Hills a débuté avec le Père Benoît et son long parcours menant du catholicisme romain à l’orthodoxie russe. Le Père Benoît est devenu moine à 17 ans, partageant son temps entre le Vermont et Jérusalem. Les années passées en Terre Sainte lui donnèrent une profonde conscience des origines anciennes du christianisme ainsi qu’un aperçu des conflits religieux et culturels focalisés à Jérusalem, alors que cette ville était encore divisée.

Des années plus tard, il fut nommé à San Antonio, et il eut le coup de foudre pour la campagne vallonnée du Texas. Il demanda la permission de fonder un monastère dans la région et, en 1967, avec l’aide du Père Vassili, également moine, il créa Christ of the Hills — New Sarov. Au cours des 13 années suivantes, la communauté subvint à ses besoins en fabriquant des meubles. Ils achetèrent du terrain au nord de San Antonio, près de Blanco, où devait être construit le futur monastère.

C’est à ce moment que débuta le parcours vers l’orthodoxie, parcours pendant lequel se produisirent plusieurs événements remarquables. Le facteur déterminant fut le changement qui se produisit au sein même de l’Eglise romaine. Vatican II avait ébranlé l’Eglise et, bien beaucoup y aient vu une ouverture, les moines se sentirent spirituellement abandonnés. Ils éprouvèrent le besoin de retrouver les racines de la chrétienté et de vivre la vie monastique telle qu’elle avait été enseignée par ses premiers pères. Les moines étudièrent les règles originelles de Saint Benoît et entendirent parler d’un monastère du Nouveau Mexique qui traversait la même expérience.

En 1980, le Père Benoît s’y rendit et vécut retiré dans une grotte, priant et jeûnant. Il pria Dieu : « Seigneur, éloigne de moi tout ce qui se trouve entre toi et moi. » Cette prière s’avéra dévastatrice, car c’est précisément ce que Dieu fit. Quelques mois plus tard, la fabrique de meubles disparut dans les flammes. Personne ne perdit la vie, mais leur moyen d’existence, ou ce qu’ils considéraient comme tel, fut totalement détruit.

La communauté se dispersa pendant un temps. Mais le jour de Noël de la même année, un visiteur arriva du Nouveau Mexique pour participer à la veillée de Noël. Ce visiteur annonça au Père Benoît qu’il était envoyé par son maître afin de délivrer le message suivant : « Mon père spirituel est celui que vous cherchez. » Le Père Benoît fut frappé de stupeur. Il partit pour le Mexique et y trouva enfin un instructeur à même d’assouvir sa soif spirituelle. C’est grâce aux enseignements et à l’influence de cet homme, l’Archevêque Théodore, que l’orthodoxie prit vie pour les moines. Et progressivement, les uns après les autres, ils se convertirent.

Une chose était évidente pour chacun d’eux. La destruction de la fabrique de meubles avait été le moyen choisi par Dieu afin qu’ils apprennent à ne vivre que par Dieu — « comme les oiseaux dans le ciel et les fleurs dans les champs. »

A Pâques 1981, affirmant davantage leur foi et leur soumission, le petit groupe de moines décida de s’installer dans la propriété de Blanco — sans un sou, sans eau ni électricité, et complètement coupés du monde. Ils vécurent simplement, proches de la nature, passant de longues heures à prier dans la solitude. Ils commencèrent à bâtir leur communauté.

En 1983, ils firent réaliser l’icône de Notre Dame de New Sarov par un moine de Californie. Selon la tradition, l’original fut peint par l’évangéliste St Luc sur une table de la maison de la Sainte Famille. Le 7 mai 1985, on découvrit pour la première fois l’icône de Notre Dame de New Sarov en train de pleurer. Elle ne cessa de verser des larmes jusqu’en octobre. La première réaction des moines fut de s’assurer de l’authenticité du phénomène et d’en informer leurs supérieurs ecclésiastiques. Tous attestèrent de l’authenticité du miracle.

Puis commença pour eux une période d’introspection. Ils cherchèrent à découvrir le sens du message. Dans la prière et le jeûne, cette introspection se termina par la confession de chacun des moines à son père spirituel. Leur existence demeura tranquille pendant quelques années, avec de rares visiteurs de temps à autre. Mais à mesure que le nombre des pèlerins augmentait, les moines se rendirent compte que leur monastère se transformait en lieu saint. Plus encore que leur amour de la solitude, les moines ressentirent le besoin d’ouvrir Christ of the Hills aux fidèles — un lieu de prière où ils trouveraient la paix.

Aujourd’hui, les pèlerins continuent à venir — jour après jour, de toutes confessions et de toutes origines. Certains sont à la recherche de miracles, d’autres viennent prier et méditer, d’autres encore viennent par simple curiosité. Tous sont touchés par l’hospitalité et la vie simple des moines et des nonnes.

Sœur Madeleine fait visiter le temple et asperge chaque visiteur avec la myrrhe au parfum suave. La vente de livres et d’icônes contribue à subvenir aux besoins de la communauté.

Un bâtiment est en construction à quelque distance, afin d’accueillir les novices désirant faire partie de l’ordre. Il règne une atmosphère de mystère et de silence paisible.

Je me suis entretenu avec l’un des moines, le Père Pangratios, lors d’un après-midi d’été ensoleillé. Sept années passées à observer des gens faire l’expérience de l’icône lui ont permis de se faire une bonne idée de la nature du miracle.

Partage international : En songeant à ces dernières années, que pensez-vous des miracles et des guérisons que vous avez observés ?
Père Pangratios : Avant de parler de miracles, il faut se demander : « Pourquoi des miracles ? » C’est quelque chose que les gens comprennent mal. Dans notre société, nous avons l’habitude de nous laisser éblouir. Nous nous laissons emporter par le côté merveilleux et inhabituel des miracles, qu’il s’agisse d’une icône ou d’une guérison spectaculaire. Mais là n’est pas la question. C’est bien sûr merveilleux qu’une personne guérisse d’une maladie, mais là encore, ce n’est pas le vrai problème.
Les miracles se produisent afin que nous puissions croire. Ils constituent un moyen d’attirer notre attention sur ce qui est vraiment important, et sont supposé évoquer en nous une réponse. Une fois que nous avons fait directement l’expérience de la présence de Dieu dans notre vie, lorsque nous avons assisté à un miracle sous quelque forme que ce soit, dès cet instant nous devenons responsables. Nous ne pouvons plus continuer à vivre avec insouciance comme nous le faisions auparavant.
Ainsi, un miracle peut-il être un moyen d’attirer notre attention sur le message de la vie spirituelle — un message d’amour de Dieu et du prochain, de prière, de jeûne, de tolérance et de repentir. La vie spirituelle, c’est tout cela. Rien d’autre n’a vraiment d’importance.

PI : Donc, ce que vous recherchez, c’est la continuité de l’expérience, le fil conducteur derrière l’existence de chacun.
PP : Oui, c’est ce que nous tentons de faire comprendre aux gens. Au cours des années, j’ai assisté à des miracles spectaculaires. Mais d’autres miracles, qui ne sont pas considérés comme aussi extraordinaires, ont pourtant provoqué des changements radicaux dans la vie de certaines personne — une complète réorientation. Ce sont ces miracles que je considère comme les plus grands.
J’ai vu un homme guérir d’une tumeur au cerveau. On lui avait fait des scanners qui avaient permis de déterminer la taille et l’emplacement exacts de la tumeur. Le Père Benoît l’a aspergé de myrrhe la veille de son opération. Au moment de l’intervention, les chirurgiens ne trouvèrent que des tissus cicatrisés. Ce que le scanner avait révélé n’existait plus. L’homme fut reconnaissant à Dieu pour ce qui lui était arrivé, mais cela ne modifia pas sa vie. Il continue à vivre comme il le faisait auparavant.

PI : Et vous pensez que le véritable travail commence après que le miracle soit produit.
PP : Exactement, c’est un début. Ce n’est pas un aboutissement. Les Evangiles racontent que, lorsque les rois mages eurent apporté leurs présents au Christ à Bethléem, « ils rentrèrent chez eux par un autre chemin ». Les pères de l’Eglise interprètent ce verset en lui donnant une signification pour nous aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement du récit d’un fait historique. Cela signifie que ces hommes avaient changé à tout jamais, qu’ils ne vécurent plus comme avant. C’est aussi ce que nous devons faire. Lorsque nous vivons une expérience comme celle-ci, nous devons rentrer par un autre chemin. Nous devons changer notre vie.

PI : De quelle manière votre vie monastique a-t-elle changé depuis que l’icône s’est mise à verser des larmes ?
PP : Naturellement, la difficulté est de conserver son équilibre. Très vite, nous avons dû décider que cela ne devait pas perturber notre vie monastique. Les monastères ont toujours eu pour tradition d’accueillir des hôtes, car la vie monastique en tant que vocation ne doit pas se refermer sur elle-même. Nous avons le devoir envers le monde de partager ce que nous avons acquis.
Nous nous efforçons toujours de nous rappeler la raison pour laquelle ceci se produit. Cet endroit est un coin perdu. Le fait que tant de gens viennent ici n’aurait pu se produire si Dieu n’en avait décidé ainsi. Dieu a décidé que les gens devaient venir ici afin d’y recevoir quelque chose qui leur donne la foi, l’espoir, l’enseignement et la force, en ces temps si troublés. Les gens sont assoiffés et affamés de spiritualité.
Donc, si Dieu a décidé que ceci est un lieu où une chose de ce genre peut s’accomplir, alors nous devons l’accepter. La vie monastique est une vocation, pas seulement pour les moines, mais pour le monde entier.

PI : Quel est votre avis et celui de l’orthodoxie sur la signification de l’époque que nous vivons — tous les signes et les changements incroyables qui sont en train de se produire ? Pourquoi maintenant ?
PP : Le christianisme a toujours été eschatologique et attentif aux derniers jours. L’Eglise attend ces temps depuis 2 000 ans. Nous croyons que le Christ viendra et que tous ceux qui ont vécu ou qui vivent aujourd’hui se retrouveront devant son trône.
Mais au-delà de ceci, il y a quelque chose dans notre époque qui fait que nous estimons que ce n’est pas simplement un aspect de la doctrine chrétienne, mais quelque chose dont il se peut que nous soyons les témoins, peut-être pas nous-mêmes, peut-être la prochaine génération. Nous ne le savons pas avec précision. L’Evangile annonce qu’il y aura des signes, et nous pensons que nous voyons certains de ces signes maintenant. Peut-être s’écoulera-t-il cent ou mille ans avant que le Christ ne revienne, ou peut-être reviendra-t-il demain, mais de nombreuses prophéties sont en train de s’accomplir, telles qu’elles avaient été prédites.
Des manifestations miraculeuses comme celle de cette icône qui verse des larmes font partie de ce processus — un moyen par lequel Dieu agit partout et en chacun pour attirer notre attention et nous rappeler vers lui.
Comme le dit le Père Benoît dans une brochure que nous donnons à tous les pèlerins qui viennent ici : « Nous ne sommes pas dignes du trésor spirituel qui nous a été confié. Pourtant, nous sommes profondément conscients de la lourde responsabilité que nous avons de le partager avec tous nos frères et sœurs, indépendamment de leur religion. La Mère de Dieu nous appelle tous à elle. La Mère de Dieu nous appelle tous au repentir, à la prière, au jeûne et à une autre forme de vie. Comme St Jean Baptiste, son appel est : « Préparez le chemin qui conduit au Seigneur, le Christ revient. »

Lieu : Texas, Etats-Unis Auteur : Bette Stockbauer, journaliste freelance associée avec Share International, basée à Red Rock, Texas (Etats-Unis).
Thématiques : signes et miracles
Rubrique : Signes des temps (Certains des « signes d’espoir » et des « signes des temps » que nous présentons ici n’ont pas été confirmés par le Maître de Benjamin Creme. Nous les soumettons à votre seule considération car nous ne sommes pas en mesure de vérifier leur nature « miraculeuse »)