Partage international no 80 – avril 1995
Les capitales et les grands centres de presque tous les pays riches et industrialisés ont connu depuis la fin des années 1980 une amplification sans précédent du problème des sans abri. Les statistiques sont consternantes : au moins cinq millions de sans abri à travers les douze Etats membres de l’Europe, et depuis cinq ans, jusqu’à sept millions aux Etats-Unis. Que ce soit à Tokyo, Washington, Sydney ou Varsovie, le nombre des sans abri augmente manifestement. Le profil du sans abri a rapidement changé : de plus en plus, des femmes, des enfants et des familles entières vivent dans la rue. Un tiers d’entre eux ont un emploi, mais n’ont pas les moyens de se loger. Les statistiques indiquent également que l’âge moyen des personnes sans logis est en baisse. En Europe, 70 % des sans abri ont moins de 20 ans. A travers le monde, pratiquement 100 millions d’enfants vivent dans la rue.
Parmi les nombreuses causes de cette « nouvelle pauvreté », on note l’insuffisance croissante de logements à prix abordables ; l’inégalité de la répartition de la richesse nationale ; les réductions dans les budgets des programmes sociaux ; les bouleversements dans la structure familiale tels que l’absence d’un des parents, la violence de l’entourage ou les agressions physiques, rendant les jeunes de plus en plus vulnérables ; ainsi que la hausse des coûts des soins médicaux. La mutation vers des économies de marché en Europe de l’Est illustre l’une des autres causes du problème des sans abri dans les nations industrialisées. Dans la seule ville de Moscou, 60 000 personnes ont perdu leur logement depuis le démantèlement de l’Empire soviétique en 1991.
Quelques gouvernements et organismes privés ont lancé des initiatives pour lutter contre ce problème. Au Danemark, les services sociaux doivent être prévenus avant qu’une famille avec enfants ne soit expulsée. Les autorités municipales ont le droit de réquisitionner le quart des appartements qui deviennent vacants. En France, la loi assure théoriquement le droit au logement pour chacun ; une loi de 1990 prévoit trois types d’aides aux démunis, dont un revenu minimum, une formation et un logement.
Quelques-une des initiatives les plus originales pour lutter contre le problème des sans abri sont actuellement mises en application dans les pays en voie de développement. Le « squat organisé » permet aux gens d’occuper un lieu jusqu’à ce que les services élémentaires aient été mis en place. Cette approche est maintenant devenue courante au Brésil où des zones de squat organisé sont finalement transformées en banlieues correctes. Une autre idée, le « partage de la terre », implique la coopération entre les propriétaires terriens et les squatters de Bangkok, en Thaïlande. Les premiers installent des sanitaires et autres commodités sur une partie de leur terre et en échange les squatters se retirent des lieux bien situés afin que ceux-ci puissent être aménagés pour un usage commercial. Cette méthode est étudiée par des comités de logement européens. Des efforts sont en cours en Inde, au Bangladesh et ailleurs pour créer de nouveaux financements afin d’aider les sans abri qui ne peuvent bénéficier de garanties de prêts. Les Groupements d’épargne de femmes rassemblent des fonds et les membres se prêtent de l’argent entre eux à des taux d’intérêt peu élevés.
Les sans abri se mobilisent également à travers le monde entier afin de s’entraider. En 1987, le Livre des droits du Squatter a été publié à Londres pour des sans abri ayant trouvé refuge dans des locaux abandonnés. Le South Africa’s People’s Dialogue on Land and Shelter (Dialogue des peuples sud-africains sur la terre et le logement), composé de 130 organisations populaires, réalise des échanges avec le National Slumdwellers of India (les Résidents des bidonvilles de l’Inde). A Washington, le plus grand abri dépend du gouvernement, mais le personnel est composé de sans abri et accueille chaque nuit jusqu’à 1 400 hommes, femmes et enfants. Keith Mitchell, l’un des dirigeants, fut le premier sans abri à gagner une élection locale et brigue maintenant le Congrès. « Ils sont les représentants du nouveau concept selon lequel les gens devraient prendre en mains leur propre vie et leurs biens, affirme Irène Glasser, auteur de Homelessness in Global Perspective (Le problème des sans abri dans une perpective globale). Donnez-leur une chance et vous verrez qu’ils amélioreront leur vie. »
Sources : Los Angeles Times, E.-U.
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Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)
