Occupy Wall Street
Partage international no 280 – décembre 2011
par Sarah van Gelder, David Korten et Steve Piersanti
Avant l’opération Occupy Wall Street, on parlait peu du pouvoir démesuré de Wall Street et de la diminution du patrimoine de la classe moyenne. Ce blackout médiatique était d’autant plus remarquable que les sujets abordés, à savoir l’emploi et l’influence des lobbies sur les élections, venaient en tête des préoccupations de la plupart des Américains. Occupy Wall Street a changé cela. Cette opération représente l’espoir qu’à l’avenir, « nous le peuple », nous nous levions et prenions en mains les graves problèmes de notre temps. Voici, en dix points, comment l’opération Occupy Wall Street est déjà en train de tout changer :
1. Elle nomme l’origine de la crise. Les observateurs politiques ont perdu de vue une simple réalité : les problèmes rencontrés par 99 % des gens sont en grande partie causés par l’avidité de Wall Street, les encouragements financiers pervers et la mainmise des sociétés commerciales sur le système politique. Maintenant qu’on a pris conscience de cela, le génie est sorti de la bouteille et on ne peut plus l’y faire rentrer !
2. Elle offre une vision claire du monde que nous voulons. Nous pouvons créer un monde pour tous, et pas seulement pour le 1 %, les plus riches. Nous, les 99 % utilisons les espaces ménagés par l’opération Occupy Wall Street pour entamer un dialogue sur le monde que nous voulons.
3. Elle instaure de nouvelles bases pour un débat public. Ceux qui prônent des politiques et des propositions doivent maintenant démontrer que leurs idées profiteront aux 99 %. Servir seulement au 1 % ne suffira pas. Il ne sert à rien non plus d’espérer que les subsides et politiques qui bénéficient au 1 % profitent aussi aux autres !
4. Un nouveau discours en découle. La solution n’est pas d’affamer les Etats, ni d’imposer des mesures d’austérité brutales lésant les classes moyennes et les pauvres. La solution est de libérer la société et les gouvernements de la domination des entreprises.
5. Elle crée une grande solidarité. Nous, les 99 %, sommes des gens de toutes races, âges, occupations et appartenances politiques. Nous n’accepterons pas d’être divisés ni marginalisés. Nous apprenons à travailler ensemble avec respect.
6. Elle offre à chacun la possibilité de créer le changement. Personne n’est le chef. Aucune organisation ni parti politique ne donne le signal. Tout le monde peut faire des propositions, promouvoir des actions et construire le mouvement. La fonction de direction appartient à tous et de nouveaux adhérents de la cause se lèvent, la créativité fleurit avec une énergie qui rend le mouvement pratiquement impossible à éteindre.
7. C’est un mouvement, et non une liste d’exigences. L’aspiration à un grand changement, et non des objectifs temporaires ou des réformes univoques, représente le pilier porteur du mouvement. Le mouvement est souvent critiqué parce qu’il ne formule pas une liste d’exigences. Mais cela risquerait de le lier à des relations de statu quo par rapport au pouvoir en place et à des options politiques.
8. Elle combine le local et le mondial. Les gens dans les cités et les villes du monde entier mettent au point des programmes locaux, des tactiques et des objectifs. Ce qu’ils mettent en commun, c’est une critique du pouvoir des entreprises et une identification avec les 99 %, en créant une vague extraordinaire de solidarité mondiale.
9. Elle offre une éthique et une pratique de profonde démocratie et solidarité. Une prise de décision lente et patiente dans laquelle toute voix est entendue permet d’aboutir à une action sage, et à un pouvoir basé sur le commun accord. Occuper des sites permet de discuter des griefs de chacun, des espoirs et des rêves dans un espace construit en commun.
10. Nous avons revendiqué notre pouvoir. Au lieu de compter sur les politiques et les dirigeants pour apporter le changement, nous nous rendons compte que celui-ci dépend de nous. Au lieu d’être victimes des forces qui menacent nos vies, nous revendiquons notre droit souverain à refaire le monde. Comme toute entreprise humaine, Occuper Wall Street et ses milliers de variantes et bourgeons seront imparfaits. Mais notre monde doit faire face à des défis extraordinaires allant du changement climatique aux criantes inégalités, et de ce fait, notre meilleur espoir réside chez les gens ordinaires, rassemblés dans des démocraties imparfaites et qui trouvent pourtant le moyen de raccommoder un monde en miettes.
[Cet article est adapté du livre « Cela change tout : Occuper Wall Street et le mouvement des 99 % », de Sarah van Gelder et de l’équipe du magazine YES !, publié en novembre 2011 par Berrett-Koehler Publishers.]
Auteur : Sarah van Gelder, David Korten et Steve Piersanti,
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Rubrique : Divers ()
