Libérer les esclaves

Partage international no 184décembre 2003

Interview de Kevin Bales par Felicity Eliot

Le professeur Kevin Bales, directeur de Free the slaves (Libérez les esclaves), est l’auteur du best seller Des gens à exploiter : le nouvel esclavage dans l’économie mondiale, que l’archevêque Desmond Tutu a qualifié d’« exposé profondément dérangeant sur l’esclavage moderne, présentant des stratégies bien élaborées sur ce qu’il convient de faire pour combattre cette calamité ». Felicity Eliot a interviewé le professeur Bales pour Partage international.

Partage international : Il semblerait que beaucoup de gens, sinon la plupart, sont convaincus que l’esclavage a été aboli il y a près de deux siècles et que ce n’est plus un problème. Qu’en pensez-vous ?
Kevin Bales : Il est vrai que l’esclavage a fluctué au fil du temps, mais ce qui a été aboli au XIXe siècle, c’est l’esclavage légal. Si bien qu’affirmer que l’esclavage n’existe plus revient à dire que plus personne n’a commis d’adultère depuis que les Dix Commandements ont été donnés. L’esclavage est, comme vous le savez, une activité criminelle ; malheureusement, la présomption que l’esclavage n’existe plus contribue à lui permettre d’exister.

PI. Vous parlez de l’esclavage légal et illégal – pouvons-nous, avant de poursuivre, connaître votre définition de l’esclavage ?
KB. Les organisations avec lesquelles je travaille en donnent une définition précise : il ne s’agit pas de « travail forcé en atelier » ou de beaucoup d’autres choses qui finissent par être qualifiées d’esclavage. En fait, nous parlons d’esclavage lorsqu’une personne est sous le contrôle d’une autre ; ce contrôle s’exerçant par la violence ou la menace de violence. Il s’agit d’exploitation économique –  de circonstances où la personne ne peut s’échapper et où elle n’est pas rémunérée. Ces caractéristiques s’appliquent à toute forme d’esclavage au cours de l’Histoire, elles concernent aussi bien l’Egypte ancienne, le Mississippi des années 1850, ou notre époque.

PI. Existe-t-il une différence entre l’esclavage dans l’ancien temps et l’esclavage moderne ?
KB. Oui, mais elle ne porte pas sur l’essentiel : l’élément fondamental est la violence – c’est la caractéristique essentielle, tout au long de l’histoire de l’esclavage.

PI. Pourquoi l’esclavage existe-t-il toujours ? Quels sont les facteurs qui y contribuent ? Qu’est-ce qui le rend possible ?
KB. L’esclavage est avant tout lié à une vulnérabilité face à l’asservissement. Il se développe dans un contexte où des personnes sont pauvres, sans défense ni protection politique et légale, et qu’il existe une opportunité pour d’autres d’exercer la violence contre eux. En d’autres termes, afin que la violence puisse s’exercer contre les plus vulnérables, il faut une corruption de la police et une corruption légale. L’accroissement dramatique de l’esclavage, au cours des cinquante dernières années, est dû à la forte augmentation des personnes vivant dans une telle situation de vulnérabilité, où la corruption permet d’exercer la violence contre elles.

Toute personne a droit d’être libre de toute forme d’esclavage, et de faire valoir ce droit.
Toute personne esclave, ou l’ayant été, devrait bénéficier de l’opportunité de réaliser son plein potentiel.
Notre objectif est de :
– Créer un mouvement inclusif et divers, respectant la dignité et les points de vue de tous ceux qui sont engagés dans l’éradication de l’esclavage.
– Baser toutes nos stratégies sur des faits réels.
– Soutenir des solutions viables et éviter les répercussions négatives pour ceux que nous cherchons à aider.
– Rechercher les conseils et les idées d’institutions, à travers le monde, qui réalisent des programmes contre l’esclavage, localement ou régionalement.

PI. C’est donc l’accroissement de la corruption et de la pauvreté qui jouent un rôle ?
KB. Oui, de même que l’accroissement de la population. C’est surtout dans les pays en développement que l’augmentation de la population est la plus forte. Mais cela ne suffit pas à favoriser l’esclavage. Ajoutez à cela les transformations économiques dans ces pays qui ont, par exemple, privé les gens d’une agriculture de subsistance et d’une existence rurale stable – aussi pénible qu’elle puisse être – en les poussant à vivre dans des bidonvilles où ils se retrouvent beaucoup plus vulnérables qu’ils ne l’étaient dans leur village et sans aucun soutien social. Ajoutez à cela un troisième facteur, celui de la corruption, et des individus pourront utiliser l’intimidation et la violence pour exercer leur contrôle sur ces personnes sans défense.

PI. Insinuez-vous qu’il existe des gouvernements ou des autorités locales ou régionales qui tolèrent cela ?
KB. Au niveau local, certainement. Il existe également certains gouvernements complices de l’esclavage : la Birmanie et le Soudan en sont des exemples évidents. Des organismes comme les Nations unies et l’Organisation internationale du travail ont déclaré officiellement que certains pays participaient à l’asservissement de leurs propres ressortissants. Mais c’est au niveau local que l’esclavage est le plus toléré. La police, qui devrait protéger la population, est mal payée et sous la férule de gens riches et puissants au plan régional. Si ces derniers choisissent de se lancer dans l’esclavage, alors il est tout à fait possible que la police soit pertinemment au courant.
Par ailleurs, il est également exact que l’esclavage tend à se développer dans des régions du monde où les forces de police sont virtuellement absentes. Dans l’ouest du Brésil, par exemple, il existe une sorte de frontière, une ligne marquant la fin des terres occupées par les Brésiliens européens, au-delà de laquelle on trouve les indigènes – une sorte de Far West sauvage – situation existante dans de nombreuses régions du monde. En l’absence de toute présence officielle dans ces régions, la violence peut-être utilisée pour asservir les gens.
Je pense que le point crucial est que le grand nombre de personnes se trouvant dans cette situation d’extrême vulnérabilité a engendré un nouveau genre d’esclavage – la surabondance d’esclaves potentiels a totalement modifié l’équation économique de l’esclavage. Nous avons connu environ cinq cent ans d’Histoire où les esclaves étaient plutôt chers et représentaient une valeur économique. Mais ces cinquante dernières années, ils sont passés d’une valeur certaine à une valeur négligeable ; selon les termes actuels, de la valeur d’une voiture à celle d’un déjeuner.

PI. Ce qui signifie une relation entièrement différente entre l’esclave et l’esclavagiste.
KB. Précisément !

PI. Pourriez-vous dire combien de personnes sont actuellement asservies dans le monde ?
KB. J’estime qu’il y en a 27 millions.

PI. Vingt-sept millions. Voilà un nombre extraordinaire, n’est-ce pas ?
KB. La réponse est oui et non. Ce nombre brut est probablement le plus important de tous les temps, mais rapporté à la population mondiale, il est minime. Ce qui nous laisse quelque espoir : s’il est relativement très modeste, alors il se peut que nous puisions éradiquer l’esclavage.

PI. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt, dans votre article intitulé « la psychologie sociale de l’esclavage moderne », paru dans The Scientific American, que vous vous intéressez à la psychologie des esclaves. Vous dites qu’il ne suffit pas de libérer quelqu’un, qu’il faut provoquer un changement de mentalité chez l’esclave libéré.
KB.  Je viens de discuter avec un psychiatre qui s’occupe des victimes de tortures et d’anciens esclaves. Il parlait des similitudes entre ces deux groupes et notamment de la façon dont les gens qui avaient été asservis sont devenus dépendants de leurs exploiteurs, particulièrement si leurs relations étaient marquées par la violence (ce qui est généralement le cas), et comment cette dépendance et cette destruction profonde de leur volonté signifie qu’une fois libérés, beaucoup d’entre eux se sentent totalement perdus quant à la manière de gérer leur liberté et d’agir en individus libres.

PI. Cela fait penser aux violences domestiques et à un emprisonnent prolongé.
KB. Oui, c’est exact. Il y a là aussi beau-coup de similitudes. La brutalité constante réduit la capacité de vivre de façon autonome dans le monde : les victimes de violences doivent réapprendre cela.

PI. Je crois savoir qu’il existe aujourd’hui des programmes de réinsertion pour aider les anciens esclaves.
KB. Il existe de nombreux programmes, mais je tiens à mettre l’accent sur le fait qu’il s’agit d’efforts ponctuels. Ceux qui, à travers le monde, s’occupent de libérer les gens de l’esclavage, s’efforcent pour la plupart d’établir des programmes de réhabilitation et de réinsertion dans la société. Mais ce n’est pas une science, il n’existe aucune étude académique ni de références systématiques – ce qui signifie que chacun improvise au fur et à mesure.

PI. Existe-t-il des séminaires où les gens mettent en commun leurs connaissances ?
KB. Je pense que cela commence. Je par-lais dernièrement avec un homme très érudit sur les crimes de guerre, qui expliquait qu’au début des années 1980, il n’existait ni centre, ni institut de recherche, ni aucun programme pour aider les victimes de crimes de guerre et les réhabiliter, mais que depuis, il s’en est créé de nombreux à travers le monde. Une compétence et un cor-pus de connaissance se sont développés. De la même façon, concernant l’esclavage, je pense qu’à mesure que se répand la conscience de son existence, il en sera de même.

PI. Pouvez-vous nous parler de l’endettement ? De quoi s’agit-il et comment se développe-t-il ?
Il existe deux cas de figure, ce qui prête à confusion. Le premier concerne un emprunteur qui, lorsque le taux d’intérêt et les modalités du prêt ne sont pas honnêtes et équitables, devra consacrer son travail au remboursement.

PI. Cela tient-il au fait qu’interviennent d’autres facteurs tels que l’illettrisme, la caste ou la classe, par exemple ?
KB. Oui, tout cela compte, ou tout simplement la fourberie et la tricherie. C’est alors qu’intervient évidemment la violence : «Vous n’avez pas le droit de partir ; vous nous devez de l’argent, vous devez continuer à travailler pour rembourser votre dette. » Mais les modalités du prêt ne sont ni équitables ni honnêtes, si bien que les gens se retrouvent piégés.
L’autre cas de figure, généralement peu connu de l’Occident, se rencontre dans le sous-continent indien. Il s’agit d’une dette qui ne peut jamais être remboursée par votre travail, mais pour laquelle vous-même et votre travail servent en réalité de caution.

PI. Si bien que vous ne pouvez jamais la rembourser.
KB. Vous ne pouvez pas la rembourser, sauf si vous trouvez de l’argent ailleurs. Il n’y a pas de remboursement, car votre travail et celui de votre famille servent de caution pour la dette, et celle-ci se prolonge à travers des générations. Cela signifie que si vous mourez et que la dette n’est toujours pas remboursée, elle passe tout simplement à votre femme ou à vos enfants, et ainsi de suite. J’ai rencontré des familles qui supportaient une dette depuis quatre générations.

PI. J’ai lu quelque chose qui semble très étrange – que les esclaves ont le droit de rentrer chez eux, qu’ils ont en quelque sorte un jour de congé, mais qu’ils reviennent de leur propre chef.
KB. Oui, c’est parfois le cas, mais pas toujours. Mais lorsque la dette traverse les générations, que vous êtes né avec, vous ne connaissez rien d’autre. Il n’existe aucune autre vie ou lieu de sécurité pour vous. L’esclavage, aussi horrible qu’il soit, offre néanmoins une certaine sécurité : vous savez au moins d’où provient le moindre petit repas. Un autre facteur est votre réputation et votre honnêteté. Si vous êtes persuadé que vous devez payer cette dette, vous vous efforcerez, en tant que personne honorable, de remplir vos obligations.

PI. Je crois qu’il existe des programmes d’aide aux personnes qui ont été libérées : pour leur donner de nouvelles compétences, une ouverture à de nouvelles possibilités. Pourriez-vous en parler ?
KB. Un excellent exemple est le travail accompli par un couple qui, dans la périphérie de Mumbai, tient une sorte de session socratique – presque un psychodrame – avec des gens asservis par leur dette.
Ils ont d’abord une longue conversation avec eux, un dialogue au cours duquel ils explorent le genre de vie de la personne en question. Ils amènent progressivement l’intéressé à voir et à admettre ouvertement, à ses propres yeux et aux yeux de sa communauté, qu’il est un esclave. A partir de là, s’il existe une alternative, on demande à cette personne si elle désire poursuivre dans cette voie, et elle répond toujours oui. Il s’agit alors de lui faire comprendre l’avantage de vivre sans cette servitude. Ce qui est délicat car l’esclave doit apprendre à gérer ses affaires. Il a besoin de savoir lire et compter. Une chose est certaine : l’éducation est le principal moyen de prévenir l’esclavage.
Si la violence est ce qui maintient les gens en esclavage, mettre une personne en esclavage s’obtient par la tromperie – on lui propose un prêt ou un emploi, on l’éloigne de sa famille et de sa communauté pour l’emmener dans une région rurale où elle est censée trouver un travail, puis on la garde prisonnière. On utilise alors la violence pour la contrôler. Mais plus les gens sont éduqués, plus ils sont capables de percevoir la tromperie.

PI. Même les enfants, au Gabon et dans l’ouest de l’Afrique par exemple, sont pris en esclavage, et leur nombre a augmenté au cours des quinze dernières années. Et souvent, les familles sont parfaitement au courant.
KB. Oui, on appelle cela un « placement » censé aider les familles pauvres, en permettant aux enfants de vivre, de travailler et de manger ailleurs.
Certains Européens ont utilisé cette pratique jusqu’à l’introduction de l’école obligatoire. Grâce aux moyens de transports modernes, des individus ayant une mentalité criminelle s’en prennent aux paysans pauvres et se présentent comme des spécialistes en placement. Ils emmènent les enfants et on ne les revoit jamais plus.

PI. Qu’en est-il des législations ? Sont-elles suffisantes ?
KB. Oui et non. Chaque pays a des lois contre l’esclavage, des conventions inter-nationales ont été virtuellement signées par tous les pays, et les systèmes judiciaires et législatifs font que la loi existe. Mais souvent les lois ne sont pas appliquées, surtout au niveau local et régional.
L’Inde offre un exemple intéressant : ses lois en matière d’esclavage, d’asservissement par la dette et de réhabilitation sont parmi les meilleures du monde mais, particulièrement au niveau local, elles ne sont tout simplement pas appliquées. Ce qui signifie que ce pays a le plus grand nombre de personnes asservies de la planète, bien qu’il bénéficie d’un large éventail de lois.
C’est pourquoi notre objectif est de veiller à ce que les gouvernements fassent appliquer leurs propres lois. Nous avons des inspecteurs en désarmement, et pourtant, bien avant que des conventions sur les inspections en désarmement ne soient ratifiées, il existait des conventions contre l’esclavage – mais où sont les inspecteurs des Nations unies contre l’esclavage ? La question de l’esclavage n’a jamais été sou-levée par le Conseil de sécurité, mais l’esclavage est l’un des boulets, horribles mais aussi économiques que traînent certains pays, qui créent des contextes où l’agitation, les conflits et le terrorisme offrent un sol fertile.

PI. Qu’est-ce que le citoyen moyen et nous-mêmes en tant que consommateur pouvons faire (concernant par exemple les produits que nous achetons) pour nous assurer que nous ne contribuons pas à l’exploitation d’un enfant ou à maintenir des gens en esclavage ?
KB. Vous pouvez vous informer sur les produits, mais ce n’est pas toujours facile pour un citoyen isolé. Le mieux que vous puissiez faire est d’adhérer à une organisation contre l’esclavage et de la soutenir. La plupart des travailleurs asservis ne contribuent même pas à l’économie d’exportation ; ils ne profitent qu’à l’économie locale. Ce qui est lié à une économie plus large tend à opérer au niveau le plus bas des matières premières, et la distance est si grande entre la production des matières premières et des produits finis qui arrivent, par exemple, en Europe, qu’il est presque impossible de remonter la filière. Mais dans certains cas, où les produits finis sont concernés, comme des tapis ou des couvertures tissées à la main, nous pouvons remonter jusqu’à ceux qui les ont confectionnés, car ces produits sortent directement des mains des enfants esclaves.

PI. Ce n’est pas comme dans le cas de la soie ou du chocolat.
KB. Exact. Le travail que nous avons fait avec l’industrie du cacao et du chocolat va permettre de retirer le plus possible d’enfants et d’esclaves de toute la chaîne de production du chocolat. Nous savons qu’il y a des esclaves dans l’industrie du cacao en Afrique de l’Ouest, mais jusqu’à ce que le système d’inspection entre en fonction, en 2005, nous ne pourrons pas contrôler chacune des cargaisons. Ce qui compte, c’est que nous avons conclu un accord avec l’industrie du chocolat à l’échelon mondial, et nous n’aurions pas pu le faire sans les gens qui soutiennent nos organisations de lutte contre l’esclavage. A présent que nous avons le modèle du « protocole cacao », et avec l’aide de nos supporters, nous allons poursuivre le travail sur les produits comme le coton, la soie, le café, le sucre, et tous les produits que nous pourrons trouver qui ont un lien avec l’esclavage.

PI. Cette réussite vous rend-elle optimiste ?
KB. Si vous considérez les choses séparément et lisez les faits les uns après les autres, cela peut paraître plutôt déprimant, mais je pense qu’il y a en réalité plusieurs facteurs pouvant nous donner de l’espoir. Il est certain que le protocole sur le cacao est une ouverture très positive car il constitue un modèle à partir duquel les consommateurs occidentaux peuvent agir efficacement en faveur des esclaves, à travers l’économie.
Je crois aussi que cette génération pourrait être celle qui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, mettra fin à l’esclavage. Aucune économie ne dépend plus de l’esclavage. Dans le temps, on était réticent à mettre un terme à l’esclavage parce que les économies nationales en dépendaient. On évalue la valeur du travail des esclaves à 13 millions de dollars par an, soit l’équivalent de ce que dépensent les Néerlandais pour leurs vacances d’été. Cela représente par conséquent une goutte d’eau dans l’économie mondiale, et il n’existe aucune raison légale ni morale à maintenir l’esclavage. Tout ce qui manque, c’est un certain degré de prise de conscience de la part du public, et des actes visant à pousser les politiciens à faire quelque chose. Je pense qu’aujourd’hui nous avons atteint ce moment.

Free the Slaves (Libérez les esclaves) est une organisation non gouvernementale visant à mettre un terme à l’esclavage à travers le monde.
Pour davantage d’informations sur Free the Slaves et sur leurs excellents modules éducatifs, voir le site : www. freetheslaves.net.

Auteur : Felicity Eliot, rédactrice en chef de Share International, basée à Amsterdam (Pays-Bas).
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